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Publié par Claude LE NOCHER

Brice Pelman : Le jardin des morts (Fleuve Noir, 1985)

À Nice en 1980. Marie Queyssac, treize ans, et Max Favel, quatorze ans, sont scolarisés au Cours Ségolène, dirigé par l’antipathique Mlle Hubsch. “C’est une vieille fille toute sèche, toute en os, toujours vêtue de noir, et en plus elle sent mauvais” selon Max. Chacun d’eux habite avec sa famille dans la tranquille avenue Salonina, non loin des arènes de Cimiez. Marie vit avec sa mère quadragénaire, Caroline, travaillant dans l’import-export avec un associé, et sa grand-mère Bébelle, âgée de soixante-dix ans, veuve d’un officier supérieur. Max Favel habite avec sa mère Gilberte et le nouvel époux de celle-ci, le quinquagénaire Jacques Dorfeuil. Ce dernier est directeur d’un palace, le "Hoover". Il est un peu surchargé car sa secrétaire Véronique s’est absentée quelques jours, son père étant souffrant.

En cette mi-mars, Marie et Max préfèrent l’école buissonnière plutôt que de s’enfermer au Cours Ségolène. Tous deux vont explorer la villa Madou, une maison à l’abandon depuis le décès de Mme Foucaud, la propriétaire. Tout est resté en l’état dans la bâtisse. Mais le duo va avoir une mauvaise surprise : ils découvrent le cadavre d’une femme nue, tuée depuis pas si longtemps. Deux hommes ne semblant guère finaud se pointent alors : Courjaret et Basdevant. Pour le duo d’ados, mieux vaut faire profil bas. Ils ont cru que ces patibulaires visiteurs étaient partis : ils jouaient en réalité les fossoyeurs, creusant une tombe dans le jardin de la villa Madou. Si Marie et Max s’éloignent bien vite, ils sont bientôt obligés de trouver une planque dans le cimetière des jardins du monastère de Cimiez.

Se cacher ensemble, une situation propice à la peur, qui n’est pas sans susciter quelques émois sexuels chez le duo d’ados. Pendant ce temps, Courjaret et Basdevant ne savent trop quoi faire. Bien sûr, ces mômes sont des témoins gênants, mais peut-être pas au point de les dénoncer. Ils téléphonent à leur commanditaire, Huta-Joe, voyou guère plus reluisant qu’eux, qui s’énerve et ordonne qu’ils mettent la main sur les ados. Alors que la fin de journée approche, la grand-mère Bébelle s’inquiète du retard de Marie. Par chance, la mère Caroline doit dîner avec son associé. Quant à Dorfeuil et à la mère de Max, ils sont avertis qu’il a eu un pépin, sans gravité. De son côté, Mlle Hubsch est trop occupée avec la réunion du comité d’entraide de la paroisse de Cimiez pour se préoccuper de Max et Marie.

Après une première journée fertile en rebondissements, il y aura un deuxième acte dans cette affaire. Car Marie voudra récupérer son cartable, oublié dans la villa Madou. Après tout, peu de risque d’y croiser à nouveau les "fossoyeurs". Sauf si la poisse est de la partie pour les deux ados. Auquel cas, l’affaire ne trouvera son dénouement que cinq ans plus tard.

(Extrait) “Ils sont cachés à la vue de leurs poursuivants par la rangée de chapelles funéraires. Marie croit avoir compris la manœuvre de Max : ils vont attendre que le nabot ait rejoint son compagnon pour opérer un mouvement tournant, et refranchir en sens inverse le petit portail donnant sur le jardin.

Mais non. Voilà que max s’immobilise de nouveau. Ils se trouvent devant une rangée de sépultures dont la plus récente a au moins cent ans : de simples pierres mouchetées d’un lichen sombre, gravées d’une inscription souvent indéchiffrable. Une de ces tombes est dégradée ; les décennies, les intempéries ont fait s’effondrer la dalle et brisé la croix qui la surmontait. Un trou béant, grand comme une plaque d’égout s’ouvre devant eux. Alors, soudain, Marie comprend la folle idée qui a germé dans le cerveau de Max…”

 

Outre “Le jardin des morts”, Brice Pelman mit en scène des enfants dans plusieurs de ses romans à suspense. Pour “Welcome et Zoé” comme dans “Attention les fauves”, on trouve également un duo de mômes aventureux. Dans “Un innocent ça trompe”, c’est un enfant handicapé qui est enlevé contre une rançon. C’est encore un adolescent de seize ans, en vacances avec ses parents du côté de Saint-Tropez, qui est le héros-narrateur de “La maison dans les vignes”. Ces jeunes personnages ne sont pas à l’abri de la cruauté du monde dans ces intrigues racontées par Brice Pelman. Celle-ci se place dans le quartier de Cimiez à Nice, ville où habitait l’auteur lui-même et sa famille. Publiés pour l’essentiel dans la collection Spécial-Police des éd.Fleuve Noir, de 1968 à 1986, tous les polars de Brice Pelman méritent d’être lus et appréciés. “Le jardin des morts” ne fait pas exception, c’est même un de ses titres le plus maîtrisés.