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Publié par Claude LE NOCHER

Michel Benoit : Qui êtes-vous Merle ? (Éd.De Borée, 2016)

Augustin Merle est commissaire de police en Bourgogne dans les années 1970. Ce jour-là, il y a un noyé au port de la Jonction, sur la commune d’Aubigny-sur-Loire, entre Nevers et Digoin. Il est bientôt clair qu’il s’agit d’un meurtre. La victime est un clochard local, Clovis Gobillard dit Pompon. Outre une péniche habituée du port, il n’y a que quatre bateaux à quai : deux couples d’Anglais, un Belge, deux jeunes mariés et Chazal, un anar traficoteur. Clovis affirmait qu’il serait prochainement à l’abri des dettes. Merle rend visite à la famille Godard, de proches amis du défunt. Leur fils Frédo adorait Clovis, ce qui peut expliquer son trouble. La caravane où vivait le clochard est en désordre, n’offrant guère d’indices. Chazal n’est sûrement pas l’assassin, mais il a été témoin de l’altercation fatale. Clovis exerçait-il un chantage sur quelqu’un ? Alors que la caravane de la victime est incendiée, Frédo s’est réfugié dans une cabane proche du fleuve, peut-être pas une si bonne idée…

Élu local et ami du préfet de Nevers, le comte Antoine de Saint-Bris a reçu des lettres de menaces. Le commissaire Merle s’installe à l’auberge de Tourcy-l’Étang, avant d’aller au château – qui fait aussi centre équestre, sous la houlette de la comtesse. M.de Saint-Bris pense que ces courriers relèvent d’une mauvaise plaisanterie. D’ailleurs, c’est plutôt sa riche épouse qui compte des ennemis dans les environs. Dont la famille Fleury, des voisins éleveurs avec lesquels elle est en conflit. Merle rencontre la sœur de la comtesse, qui vit aussi au château. Quand le comte reçoit une nouvelle lettre menaçante, on est sûr que le danger se rapproche. Malgré un sévère surveillance policière, l’assassin ne va pas tarder à faire une victime, empoisonnée. L’autopsie confirme qu’il n’y a pas d’erreur : la personne visée n’était donc pas le comte, désigné depuis peu seul héritier de son épouse…

Vers la fin des années 1970, des éboueurs de Nevers découvrent le cadavre d’une femme dans une poubelle. Près d’elle, une boîte à musique joue une berceuse de Brahms. Gisèle Carpentier, une rousse de trente-deux ans, a été étranglée avec un ceinturon. Une piste mène tout droit à Marcel Pradier (dit Riton), un gigolo quinquagénaire. Il n’a pas le profil de l’assassin, que le journal d’ici a surnommé Lullaby. Préventivement, la police sillonne la ville afin d’empêcher un autre meurtre. Néanmoins, le tueur récidive, déguisé en employé SNCF. La victime Nelly Morand était coiffeuse, ex-collègue de Florence Taupin, compagne de Marcel Pradier. Le commissaire Merle consulte le psy qui soigne son épouse, afin de saisir les motivations du criminel. Ce dernier téléphone au journal local, annonçant son prochain crime avant de passer à l’acte, s’attaquant bientôt à une autre victime rousse…

Le commissaire Merle rejoint l’inspecteur Louchet à La Chappelle-Saint-Paul. Représentant en vins, le quinquagénaire Vincent Céleste y logeait depuis huit ans, à l’Hôtel du Cheval-Rouge, tenu par Mme Cuvelier. Merle s’imprègne de l’ambiance du village chez Justin. Il écoute les racontars locaux, sur le concours de dictée annuelle ou les fiançailles du fils du maire avec la jeune Lola, fille du maire de la commune voisine. En réalité, Vincent Céleste n’exerçait plus son métier depuis deux ans, mais ne il semblait pas manquer d’argent. On murmure qu’il était amoureux de la fameuse Lola. Il est vrai que la grisâtre épouse de la victime, qui habite du côté d’Auxerre, pouvait l’inciter à rester loin de chez lui. L’ancien employeur de Vincent Céleste a sûrement des réponses à apporter au commissaire…

(Extrait) “L’intimité que Clovis partageait avec le couple Godard et avec leur fils Frédo semblait étrange, en lien avec un passé que, décidément, Merle ne maîtrisait pas encore. Quelque chose le gênait dans toutes ces histoires de vie. Des existences multiples qui s’emmêlaient dans ses pensées, et qui avaient toutes un lien, lequel était encore, à ce jour, invisible.

Merle avait passé une nuit agitée, une de plus, empêtré dans un dédale de questions restées sans réponses, et une foule de personnages grimaçants dans son subconscient, où tous se donnait un malin plaisir à se moquer de lui, le réveillant en sursaut pour mieux déranger son sommeil…”

 

Ce sont quatre enquêtes du commissaire Merle, qui nous sont racontées, dans autant de décors différents du Nivernais. Situant ses intrigues dans la décennie 1970-80, l’auteur s’inscrit dans la belle tradition du roman policier d’enquête. Encore qu’Augustin Merle ne soit pas absolument un clone de Jules Maigret. Son épouse Muguette est hospitalisée à La Charité-sur-Loire, pour des problèmes psychologiques. Autour de Merle, s’est créé un petit univers avec des personnages récurrents : ses adjoints Lamoise, Marchand, Barkowski, et le jeune Verdier ; le divisionnaire Bertrand et le juge Mornay ; le journaliste Rougeade et le légiste Caron, ainsi que le Professeur Conrad. Bien sûr, la sagacité du commissaire lui permet de ne pas s’égarer sur des pistes erronées, et d’identifier les coupables.

Si près et si loin de nous, ces années-là ne furent pas plus idéales que d’autres. Il fallait trouver un téléphone dans un bistrot pour communiquer, comme Merle on y consommait du Viandox, et circuler (en voiture ou en train) n’était pas toujours une sinécure. À cette époque, on ne basait pas tout sur la notion de vitesse, d’immédiateté. C’est ce rythme-là, en un temps où il était peut-être plus facile de masquer certains secrets, que l’on retrouve dans ce genre de romans. Çà et là quelques anachronismes apparaissent, que l’on suppose volontaires car cela autorise des sourires. Il est fort sympathique, ce commissaire Merle : c’est donc avec un très grand plaisir que l’on suit ses enquêtes dans la région de Nevers.