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Publié par Claude LE NOCHER

Collectif : Mortelles primaires (Éd.Arcane 17, 2016)

Pour les Présidentielles 2017, la Gauche est disqualifiée d’avance. La cause est entendue, ils ont déjà perdu. Malgré les tempêtes, le navire sur lequel nous naviguons vogue aussi bien que possible. Mais le gouvernail est faussé, et nous dérivons toujours davantage vers tribord. Alors, autant laisser la barre à un commandant de Droite. Sera-t-il ce mythique “homme providentiel” espéré par son équipage ? On se souvient que, par le passé, il a dirigé la manœuvre : des médisants suggèrent qu’à force de tenir son cap, on aurait frôlé le naufrage. Il prétend que l’Amiral présent à bord, trop proche des “amis de la Marine”, aurait contrarié sa navigation. Si notre navire n’a pas coulé d’ici la prochaine échéance, il sera sûrement renié par ses amis fidèles, habituelle tradition maritime chez eux.

Bref, cette fois la Gauche ne s’est pas montrée assez adroite : elle a perdu la boussole et tout espoir de se maintenir au pouvoir. Pourtant, elle ne manque pas de capitaines qui se croient capables de redresser la barre à babord, toutes générations confondues : Aubry, Autain, Cazeneuve, Chevènement, Cohn-Bendit, Duflot, El Khomri, Fabius, Filoche, Hamon, Hollande, Jospin, Laurent, Le Foll, Macron, Mélenchon, Poutou, Royal, Taubira, Touraine, Valls. On connaît le grand défaut de la Gauche : ils préfèrent se saborder entre eux, en “jouant perso”, afin de préserver l’ego et les ambitions de chacun. Une tactique kamikaze et improductive : “Autant l'union fait la force, autant la discorde expose à une prompte défaite” écrivait jadis Ésope dans une de ses fables.

De facétieux auteurs de polars achèvent le carnage dans ce recueil de nouvelles. Sortant leur Colt calibre 45 ― révisé modèle 49.3, leur carabine Remington longue portée, ou leur Kalachnikov de compétition, ils dézinguent tous ces politiciens pouvant faire figure de présidentiables. Les vingt-deux coupables de ces fictions, on a leurs noms : Eva Almassy, Diego Arrabal, Laurence Biberfeld, Antoine Blocier, Didier Daeninckx, Dominique Delahaye, Gilles Del Pappas, Jeanne Desaubry Pierre Dharréville, Pierre Domenges, Patrick Fort, Gildas Girodeau, Maurice Gouiran, Philippe Masselot, Jacques Mondoloni, Chantal Montellier, Max Obione, Philippe Paternolli, Valérie de Saint Do, Gérard Streiff, Marie-Pierre Vieu, Arnaud Viviant. Chacun se concentre sur sa cible.

Pour la plupart déconnectés des réalités du quotidien, ils ne sont pas difficiles à atteindre, ces personnages se revendiquant encore à Gauche. Ayant abandonné leur idéologie et les dogmes d’antant, piètres communicants en pédagogie politique, aucune armure ni pas la moindre carapace pour les protéger : impossible de les rater, ou presque. Toujours prêts à enfoncer le clou, les polardeux s’en donnent à cœur joie. Version stand de tir à la fête foraine, champions de ball-trap, ou tireurs d’élite ? Ça flingue, non sans rappeler les ratés d’une gouvernance imposant toujours plus de stricte austérité.

Peut-être devrait-on retenir le dialogue imaginé par Jacques Mondoloni entre le tueur et un homme politique, anonyme élu de Gauche : “— Il faut sévir, remplacer. — Par quoi ? Un dictateur ? Les politiciens garantissent notre – votre – liberté ; sans eux, vous les auteurs, vous seriez torturés en prison, la bouche défoncée, la main coupée, égorgés un jour dans votre cellule par un tueur, un vrai, un type froid qui n’a pas d’imagination […] Ne devenez pas le bourreau de vous-même, l’hystérie de l’impatience conduit au malheur. Au contraire, faites bloc contre l’amertume, établissez un cordon sanitaire contre le fanatisme, la détestation de la classe politique qui se traduit par le fameux "tous pourris !".” Pendant ce temps, dans l’ombre, la démagogie populiste ricane, c’est un fait.

(Cette chronique est destinée à évoquer le recueil “Mortelles primaires”, ce qui n’engage nullement mes opinons de citoyen).