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Publié par Claude LE NOCHER

Les avatars de Sherlock Holmes (Éd.Rivages, 2017) – Inédit –

Le docteur John Watson nous a conté les enquêtes de Sherlock Holmes, offrant à ce grand détective une notoriété internationale sans égale. Toutefois, de nombreux autres écrivains ne se sont pas privés d’imaginer des aventures parodiques mettant en scène Holmes ou son créateur. Ami de Conan Doyle, James M.Barrie (l’auteur de Peter Pan) le pasticha dans quelques textes. Pendant “une soirée avec Sherlock Holmes” au manoir de Conan Doyle, l’invité va prouver qu’il est aussi brillant dans ses déductions que le célèbre détective. Flegmatique, Sherlock Holmes ? Plutôt susceptible, si on l’attaque sur son propre terrain.

Quant au détective privé Adrian Mulliner, fut-il le seul à se poser les bonnes questions au sujet d’Holmes ? Le colocataire du 221B Bakerstreet dilapida beaucoup d’argent pour des enquêtes lui rapportant fort peu. Il fallait être aussi candide que Watson pour ne pas comprendre qui était réellement son ami. Un très joli texte de P.G.Wodehouse… Qu’Holmes soit mort en Suisse voilà un certain temps, cela ne chagrine guère Watson. Le médecin a bénéficié d’une belle notoriété grâce à lui, tant mieux. Revenant à leur ancien logement, Watson retrouve une ambiance familière qui l’inciterait presque à se prendre pour le grand détective. Y a-t-il une chance pour que Sherlock Holmes réapparaisse un jour ?

La disparition d’Holmes, son enlèvement, l’intéressé lui-même n’y voit rien de dramatique, juste une aventure ne justifiant pas d’explication précise… Alors qu’ils voyagent ensemble jusqu’à Boston, aux États-Unis, Watson ne peut que s’extasier devant les éblouissantes facultés déductives du formidable Sherlock Holmes. Un professeur de Harvard semble tout autant estomaqué par le génie intellectuel du détective britannique. Aussi formidable que soit Holmes, leur visiteur va lui apprendre ce que signifie le pragmatisme américain… Pour le grand détective, toujours en Amérique, rien n’est plus évident comme indice qu’un cheveu. Ce qui, avec un brin d’observation, le mène sans problème jusqu’à l’assassin.

Vite baptisée par les journaux “le mystère de Pegram”, la mort d’un vieil agent de change londonien dans un train qu’il n’empruntait pas habituellement n’est pas une affaire si insoluble pour Charlot Keums (ou Sherlaw Kombs). En compagnie de Whatson, un petite reconstitution dans le fameux train suffit à entraîner des conclusions – erronées… À la veille de Noël, Conan Doyle et son éditeur ont certaines choses à partager dans le manoir isolé et sinistre de l’écrivain. Voilà qu’un intrus s’impose en la demeure, qu’ils sont bien obligés de recevoir quand même. Il sait tout des calculs du duo qui l’exploite. Mais Conan Doyle a déjà prévu la riposte pour se débarrasser de cet importun…

(Extrait) “— Formidable, dis-je, mais comment saviez-vous que j’ai effectué un long voyage, en partie par bateau et en partie par le train, selon un trajet spécifique ?

C’est la simplicité même, répliqua Holmes avec retenue. J’ai fait la traversée sur le vapeur avec vous. Quant au train, la suie qui subsiste dans vos oreilles et tache votre nez est identique à celle qui mouchette mon propre visage. Tenant la mienne du New Haven-Hartford, j’en déduis que la vôtre en vient aussi. En ce qui concerne le porteur de couleur, ils ne prennent que des porteurs de couleur sur ces trains, pour la simple raison que les effets de la poussière et de la suie se voient moins sur eux que sur des porteurs blancs. Le fait qu’il vous ait brossé est visible aux rayures grises sur votre veste blanche : les marques laissées par la brosse. Il y a aussi une empreinte de pouce sur votre poche de veste, celle dont vous avez extrait la seule pièce de monnaie en votre possession, une pièce de six pence.”

 

Il est toujours plaisant de lire ou relire les authentiques tribulations et les raisonnements déductifs de Sherlock Holmes. Si le héros créé par Conan Doyle fut maintes fois parodié, ce fut généralement par des écrivains ne manquant pas de talent et d’humour. On éprouve donc également un grand plaisir à la lecture de ces pastiches. Les uns s’amusent à laisser entendre que le détective n’était pas si fortiche que ça, qu’un cerveau ordinaire suffisait à l’égaler. D’autres montrent le Dr Watson tel un benêt fasciné, écrivant n’importe quelle ânerie dictée par son colocataire. Certains ironisent même sur la relation entre Holmes et Watson, le premier méprisant peut-être le second. Mais tout cela nous est présenté avec le plus grand sourire, bien sûr ! Huit textes parodiques (il y en a d’autres à venir) pour une parenthèse de bonne humeur, en compagnie du plus illustre des détectives privés.