Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Publié par Claude LE NOCHER

Tess Gerritsen : Écorchures (Presses de la Cité, 2017)

Jane Rizzoli est policière à la brigade des homicides de Boston (Massachusetts). Son amie médecin légiste Maura Isles collabore de près à ses enquêtes criminelles. Cette fois, c’est un homme de soixante-quatre ans, Leon Gott, qui a été retrouvé mort chez lui. Depuis quatre jours, il était pendu par les pieds après avoir été proprement éviscéré. La scène fait penser à un gibier qu’on aurait mis à faisander. Leon Gott était un taxidermiste réputé, et un chasseur d’animaux sauvages. Toute une galerie de bêtes naturalisées témoigne de cette double passion. À côté, son atelier était parfaitement équipé pour empailler même des animaux de grande taille. Selon une voisine, Leon Gott se montrait désagréable. On le savait veuf, et son fils Elliot (qu’il ne voyait guère) avait disparu six ans plus tôt.

Si la police a découvert quantité de viscères, c’est qu’il ne s’agissait pas seulement de celles de la victime, mais aussi d’un ou plusieurs animaux. En effet, un léopard des neiges – une espèce très rare – est décédé voilà quelques jours dans un zoo des environs. Leon Gott fut choisi pour le naturaliser par un mécène, Jerry O’Brien. Les responsables du zoo perdent une énorme somme si l’on ne retrouve pas ce léopard à la peau précieuse. Jerry O’Brien est un riche chasseur de gros gibier, un type infect se croyant tout permis qui possède lui aussi une collection de fauves empaillés. La police obtient peu d’éléments sur la disparition d’Elliot Gott lors d’un safari en Afrique. On déterre bientôt le cadavre d’une jeune femme à l’état de squelette, qui a certainement un lien avec le cas Leon Gott.

Jodi Underwood a été assassinée la même nuit que Gott. Ce fut une amie de son fils Elliot. Elle avait les dernières photos de celui-ci en Afrique du Sud dans son ordinateur, appareil qui a été dérobé suite au meurtre de Jodi. Elliot participait à un safari au Botswana, avec le guide Johnny Posthumus, son assistant noir Clarence, et six autres clients. Parmi eux, il y avait le romancier anglais Richard Renwick et sa compagne Millie Jacobson, libraire à Londres. Quand Clarence fut tué par des hyènes et déchiqueté, le voyage dans la brousse devait être interrompu. Mais le groupe fut bloqué par une panne de leur véhicule. Millie se sentait attirée par Posthumus, ce qui irritait Richard, jouant volontiers au mâle dominant. Dès qu’il y eut une deuxième victime, la paranoïa gagna les touristes.

À Boston, on cherche dans les fichiers de la police des affaires similaires au meurtre de Leon Gott. C’est ainsi que Jane part dans le Maine, sur la piste de Nick Thibodeau, suspect dans une série de crimes, qui échappe depuis longtemps aux poursuites. Son frère affirme que le disparu, bien que turbulent dans sa vie, était innocent. Jane Rizzoli va devoir voyager bien plus loin que la côte Est des États-Unis pour dénicher le témoin-clé de cette affaire, qui n’a nulle envie de quitter sa famille à Touwns River. La policière n’est pourtant pas à l’abri d’une erreur, avant d’identifier le coupable…

(Extrait) “Pendant un moment, on n’entendit plus à l’intérieur du garage que le bourdonnement des mouches, tandis que Jane songeait à toutes les légendes urbaines qui impliquaient des vols d’organes. Puis elle se concentra sur la poubelle fermée au fond du garage, cernée par un essaim de mouches. Alors qu’elle s’en approchait, l’odeur de putréfaction s’accentua encore. En grimaçant, elle souleva le bord du couvercle. Un rapide coup d’œil fut tout ce qu’elle put supporter avant que la puanteur ne la fasse reculer avec un haut-le-cœur […]

Un crissement de surchaussures en papier accompagna Maura jusqu’à la poubelle. Jane et Frost s’écartèrent quand elle souleva le couvercle, mais même à distance, l’odeur répugnante d’organes en décomposition leur retourna l’estomac. Le fumet sembla exciter le chat tigré, qu se frotta contre la jambe de Maura avec encore plus de ferveur, miaulant pour attirer son attention.”

 

Auteure d’une trentaine de romans, “Écorchures” étant la onzième enquête du duo Jane Rizzoli-Maura Isles, Tess Gerritsen fait partie du cercle des "valeurs sûres du suspense". Il ne s’agit pas simplement, pour des romancières chevronnées comme elle, de savoir doser les effets et de structurer efficacement l’histoire. La policière et la légiste ont, chacune, un vécu personnel qui humanise leurs personnages. Si elles ont un point commun, c’est le pragmatisme. Ce qui n’exclut pas l’intuition féminine, d’ailleurs. Un indice qui paraîtra faible à l’une, retiendra l’attention de l’autre. L’initiative d’un collègue policier semble sans grand intérêt à certains, mais Jane et Maura y voient une piste. Complémentarité avec des tiraillements, mais qui sert toujours utilement l’enquête.

Le scénario nous présente deux récits parallèles. Tandis qu’à Boston, on essaie de démêler des meurtres énigmatiques, Millie raconte par ailleurs son safari au Botswana six ans plus tôt. La jeune femme n’est pas enchantée par ce voyage, fut-ce dans ce pays magnifique, mais elle regrette d’avoir suivi son compagnon. Dans la situation de crise qui se produit, elle choisit de faire confiance à leur guide, contrairement aux survivants du groupe. Si tout va de mal en pis, qu’est-il advenu d’elle, de son compagnon risque-tout, et d’autres membres du groupe ?… Malgré cet axe double, c’est avec fluidité que Tess Gerritsen nous raconte les faits, avec quelques habiles fausses pistes et de multiples questions. Un roman qui captive, dans la meilleure des traditions.