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Publié par Claude LE NOCHER

Nick Gardel : Fourbi étourdi (Éd.du Caïman, 2017)

Jean-Édouard, qu’on appelle Jed, n’est pas un malfaiteur chevronné, plutôt un jeune type débrouillard quelque peu en marge des lois. Parti sur les chemins de Compostelle, son ami d’enfance Paul lui a lancé un appel de détresse. Mais pour le rejoindre, Jed a besoin d’un véhicule. Dans un parking souterrain, il trouve une voiture qui ne résistera pas longtemps. Une DS Pallas d’autrefois n’est pas équipée d’un système de sécurité sophistiqué. Il suffit de changer le contact-moteur dans une casse-auto, et le voilà parti. Lorsqu’il fait une halte sur une aire d’autoroute, mauvaise surprise. Dans le coffre de la DS, il y a un cadavre. Il s’agit du corps d’un prêtre. Dans un sac près de lui, Jed découvre un sacré pactole. Sans le savoir, il vient d’interférer dans une transaction plus que douteuse.

Député-maire, René d’Orval a l’habitude de détourner l’argent public, généralement à des fins électoralistes. Cette fois, c’est le nouvel évêque du diocèse qui a réclamé une grosse somme auprès de l’élu. Le prêtre mort servait d’intermédiaire, sauf qu’il comptait se servir de l’argent pour des œuvres humanitaires en Afrique. Gaspard et José, les hommes de main du Maire, ont fait un peu trop de zèle en zigouillant l’ecclésiastique. Entre-temps, la voiture garée en sous-sol, avec son cadavre et le le fric, a donc été "empruntée" par Jed. Il est impératif que le duo au service de René d’Orval retrouve la DS et le magot. Pas de GPS sur le véhicule, bien sûr. Mais sachant que le voleur est peu expérimenté, il existe des moyens assez simples pour détecter sa trace.

Jed prend à son bord une jeune et séduisante auto-stoppeuse, Lorelei. Elle ne doit pas son prénom à la mythologie germanique. (Elle a son propre parcours, que l’on pourra lire à la suite des mésaventures de Jed). Le couple fait un détour par Tours, pour se restaurer et explorer le Kama Sutra. Les deux affreux du Maire n’étant pas loin, il est préférable pour Jed de prendre la poudre d’escampette. Il gagne le village où Paul a trouvé refuge. Celui-ci n’est visiblement plus en danger. Femme mûre, Madeleine s’occupe (intimement) de lui dans sa ferme, la Pétaudière. Ex-soixante-huitarde, cette dame est cordialement détestée par les villageois, en particulier par les paroissiennes. Vu qu’on est le dimanche de Pâques, avec son cérémonial, ces dernières sont plus que jamais folles de la messe.

Gaspard et José sont toujours sur le sentier de la guerre. Dès qu’ils mettent les pieds au village, il faut s’attendre à ce qu’ils troublent fortement la quiétude locale. Dans un sens, ça pourrait favoriser un projet municipal, si l’hystérie allait jusqu’au lynchage. Toutefois, veuve d’un chasseur, Madeleine peut être en mesure de riposter. Au final, s’il s’en sort sans trop de dégâts, Jed sait à qui s’adresser pour que justice soit faite…

(Extrait) “José savait combien la fierté de son compagnon italien lui était chevillée au corps et il souffrait d’être la cause indirecte de sa déchéance. Ce Jed avait eu de la chance jusque-là, mais elle venait de tourner ! Le gamin avait joué au plus fin une fois de trop. Après avoir mis la main dessus, il ne serait plus question de Taser ou d’autres jouets pour gosses. Ils lui feraient payer chacune de ces humiliations, durement, avec application et patience. Ils officieraient en tandem, en couple presque. Et ce moment béni se rapprochait. Cet abruti, non content d’avoir laissé le téléphone en veille, avait été jusqu’à s’en servir. Une erreur de débutant… Il avait appelé le même numéro deux fois et, dans ce monde, il n’en fallait pas plus pour avoir une adresse. Le contact chez l’opérateur avait craché le morceau et maintenant les envoyés du Maire étaient sur sa piste. Une visite s’imposait. On pouvait l’imaginer bestiale et raffinée…”

 

Quand on écrit un roman assez court, autant qu’il soit vif et percutant. Que la castagne et autres cruautés soient au rendez-vous. Que l’on y ajoute un petit peu d’érotisme. Que ça joue de l’Opinel ou du Taser. Que les malfaisants ne fassent pas dans la dentelle. Et que le héros en réchappe quasiment par miracle. L’influence du week-end de Pâques, peut-être ? Certes, des religieux ne sont pas à la fête dans cette affaire. Des politiciens locaux, non plus (avec des méthodes qui ne se pratiquent plus, promis-juré).

On l’aura compris, c’est une comédie à suspense qu’a concocté l’auteur. Avec son lot de personnages, centraux ou annexes, prêtant largement à sourire. La caricature réussie est toujours très plaisante. Sans oublier la star de ce récit, la DS Citroën, dessinée par le génial Flaminio Bertoni. Pour les générations ayant connu ce véhicule, et pour les nostalgiques de l’automobile, cette voiture est tout un symbole. Quand on est en cavale, c’est quand même plus classieux au volant d’une DS. Un roman d’action, impertinent et plein d’humour.