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Les chroniques polars et bédé        de Claude Le Nocher - ABC POLAR

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Annelie Wendeberg : La dernière expérience (Presses de la Cité, 2017) –Sherlock Holmes–

Annelie Wendeberg : La dernière expérience (Presses de la Cité, 2017) –Sherlock Holmes–

Automne 1890, en Grande-Bretagne. Pendant plusieurs années, Anna Kronberg – experte en bactériologie – s’est déguisée en homme pour exercer son métier de médecin. Avec le célèbre détective Sherlock Holmes, elle a mis fin aux activités d’un réseau de scientifiques aux objectifs destructeurs. Toutefois, la relation entre Anna et Holmes était empreinte d’attirance sentimentale et de rivalité intellectuelle. C’est cet antagonisme qui les éloigna dans les mois qui suivirent. L’existence d’Anna est brutalement bouleversée quand elle est enlevée et séquestrée par deux hommes, qui ont retrouvé sa trace. Il s’agit du professeur James Moriarty, assisté par le cruel colonel Sebastian Moran. Moriarty tenait un rôle aussi obscur qu’important autour de la bande de scientifiques démantelée.

Anna est retenue contre son gré en plein cœur de Londres, à Kensington Palace Gardens, dans la demeure du diabolique Moriarty. Celui-ci retient en otage Anton Kronberg, le père d’Anna, dans quelque endroit secret. Ainsi, elle ne peut tenter de s’échapper. Ce ne sont sans doute pas les serviteurs de Moriarty, hommes et femmes, qui l’aideront. Même si elle a accès à son laboratoire, à l’École de Médecine, celui qui lui sert d’assistant – Dylan Goff – est d’abord là pour la surveiller. Moriarty entend développer un projet d’armes de guerre innovantes. On a conçu les premiers chars d’assaut, et les grenades lacrymogènes ont un bel avenir dans les conflits. Mais c’est une arme bactériologique que veut créer désormais le professeur. En utilisant les bacilles de la peste, que l’on répandrait chez l’ennemi.

Un projet fou, Anna le comprend, d’autant qu’il est improbable de contrôler la propagation d’une telle substance mortelle. Pour contrer Moriarty, Anna ne doit-elle pas feindre un accord entre eux, même si elle doit rester captive pendant de très longues semaines ? Entre-temps, grâce au bibliothécaire George Pleasant, elle parvient à renouer contact avec Sherlock Holmes. Ce dernier la met en garde contre la dangerosité de Sebastian Moran. Le grand détective est capable de toutes les ruses, mais il ne sous-estime pas la méfiance de Moriarty à son encontre. Pour amadouer son ravisseur, Anna s’improvise rebouteux afin de soulager les douleurs de Moriarty. Elle fait semblant de trahir Holmes. Et, gagnant un pari, elle est autorisée à rencontrer son père Anton, affaibli mais encore vivant.

Après que Moriarty l’ait initiée à l’opium, une certaine intimité s’est installée entre Anna et le professeur. Possédant une intelligence équivalente, tous deux peuvent se trouver des points communs. Les expériences d’Anna se poursuivent jusqu’à la fin de l’hiver, début 1891. Elle réussit à fournir à Holmes quelques éléments, mais Moriarty l’a “domestiquée”. Le projet d’arme bactériologique progresse, malgré tout…

(Extrait) : “J’avais mes propres ambivalences à l’égard de mes contemporains. Souvent, je me sentais très éloignée de la masse d’hommes, de femmes et d’enfants. Pourquoi donc ? Étais-je arrogante ? Me croyais-je pourvue d’un esprit supérieur ? Je n’en étais pas certaine. Moriarty avait déstabilisé mon existence. Mais n’avait-elle pas commencé à basculer bien avant cela ? Après ma rencontre avec Holmes, mon détachement vis-à-vis d’autrui avait évolué. Je m’étais rendue compte que j’avais perdu mon équilibre. Je ne me sentais pas bien, contrairement à ce que j’avais cru des années durant. Petit à petit, de façon inéluctable, j’avais eu envie d’être une femme. Une femme qui pratiquait la médecine sans avoir à se faire passer pour un homme…”

 

Il est certainement bon de rappeler que Sherlock Holmes ne tient pas le premier rôle dans l’histoire. On l’avait déjà constaté pour “Le diable de la Tamise”, premier opus de cette série, maintenant disponible aux Éditions 10-18, coll. Grands Détectives. Anna Kronberg est la narratrice et l’héroïne de ces aventures. À la fin du 19e siècle, les femmes n’avaient pas leur place dans la médecine, pas plus que dans la recherche médicale en biologie. Si Anna a longtemps dû tricher en se donnant un aspect masculin, elle souhaite assumer sa féminité, désormais. Ou, plutôt, est-elle amenée à cela par la fréquentation successive de Sherlock Holmes, puis de James Moriarty. Celui-ci la fragilise psychologiquement, par un jeu d’attraction-répulsion auquel elle se prête avec une part de complaisance.

Quoi qu’il en soit, nous sommes bel et bien au centre de l’univers holmésien, puisque nous côtoyons ici le pire adversaire du meilleur détective de son époque, son ennemi n°1. Un criminel hors-catégorie, aux ambitions meurtrières monstrueuses, capable des plus viles manipulations pour parvenir à ses fins. Bénéficiant d’un réseau international, il n’a aucun problème pour engager des tueurs, au besoin. Sa tranquille vie bourgeoise à Kensington Palace Gardens est une façade d’honorabilité. Ici, il sera fait appel à Mycroft Holmes, l’aîné de Sherlock, dont on n’ignore pas qu’il possède une certaine influence en haut-lieu. Le démoniaque Moriarty ne manque pas de ressources, ce qui le rend difficile à combattre. Anna Kronberg et Sherlock Holmes constituent un duo singulier, qu’il est très agréable de suivre, y compris à travers l’ambiguïté psychologique inhérente au scénario.

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