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Publié par Claude LE NOCHER

Roz Nay : Notre petit secret (Éd.Hugo Thriller, 2017)

Cove est une petite ville du Vermont, au Nord-Est des États-Unis. C’est là que les parents d’Angela Petitjean, qui eurent longtemps la bougeotte, finirent par s’installer alors qu’elle était enfant. À quinze ans, elle intégra le lycée local. Élève brillante, Angela ne cherchait pas vraiment à se faire des amis. Bientôt, elle fit néanmoins la connaissance de HP Parker, qui se montra très protecteur. Ce garçon athlétique aux yeux bleus clairs plaisait à toutes les adolescentes, tout en étant apprécié par les adultes. Même Shelley Petitjean, la mère d’Angela, adopta rapidement HP. Et le père de la lycéenne n’était pas hostile, non plus.

Un week-end de liberté marqua la fin de l’année de Terminale, avec HP, son copain Ezra, et la petite amie du moment d’HP. Ce fut l’occasion pour ces "âmes sœurs" qu’étaient Angela et HP de se rapprocher intimement. Été romantique pour les tourtereaux, qui ne doutaient plus d’avoir besoin l’un de l’autre. Si Shelley Petitjean voyait leur idylle d’un bon œil, son mari et elle avaient de grandes ambitions pour leur fille. Le père d’Angela l’avait inscrite pour un séjour estudiantin de huit mois à Oxford, en Grande-Bretagne. S’éloigner de HP, cela déplaisait à Angela, mais elle ne pouvait laisser passer cette chance.

À Oxford, Angela rencontra Freddy Montgomery, étudiant en biochimie promis à un bel avenir. Ce qu’il confirmera quelques années plus tard, en devenant millionnaire dans un domaine particulier, et en possédant un appartement à New York. Angela et Freddy eurent une relation amicale, la jeune fille passant les fêtes de Noël avec la famille Montgomery. Freddy était assez intelligent pour comprendre l’obsession d’Angela envers HP. Elle restait en contact avec l’Amérique, espérant que HP n’abuse pas en son absence de son allure façon jeune Harrison Ford pour jouer au séducteur. En mai, elle eut la divine surprise de voir arriver à Oxford HP et son copain Ezra. La suite fut un peu moins à son goût.

Habitant toujours Cove, Angela Petitjean est aujourd’hui âgée de vingt-six ans. Dans une pièce sobre du commissariat local, elle est interrogée par le policier Jonah Novak. Elle lui raconte son parcours des onze dernières années. En théorie, Angela n’est qu’un témoin dans la disparition d’une jeune mère de famille, Saskia. Bien qu’elle ne veuille pas montrer ses sentiments, Angela se doute bien que Novak la considère comme suspecte. Logique, puisqu’elle est restée depuis des années constamment très proche du mari de Saskia, HP. Angela est même la marraine de leur fillette, Olive.

La police ne dispose que d’indices incertains, tel ce bijou appartenant à Saskia retrouvé chez Angela. La "rupture" récente avec le couple ne justifierait pas un crime, non plus. D’ailleurs, la jeune femme possède un alibi : elle séjournait alors à Boston avec sa mère et Freddy. On ne peut exclure que Saskia ait volontairement disparu, pour la tourmenter…

(Extrait) “Je lève les yeux à l’angle des murs et du plafond. "J’ai fini par comprendre que dans la vie, il y a très peu de gens qui disent vraiment ce qu’ils pensent." Novak veut m’interrompre mais je ne lui en laisse pas la possibilité. "On dit que c’est pour ne pas heurter les sentiments des autres, mais ce n’est pas pour ça. Les gens ne disent pas ce qu’ils pensent parce qu’ils sont hypocrites. Ils sont faux, et ils mentent." J’ai mal à la tête. "Inspecteur, je ne sais ni mentir ni dissimuler. Je suis trop honnête, même si je ne pense pas qu’on puisse l’être trop."

OK. Donc vous me dites, Angela, que malgré votre vie tranquille, vous avez une peur aiguë, parfois paralysante, de la vulnérabilité humaine. Que sans HP, vous vous sentiez moins capable de supporter cette vision d’un monde plein de menteurs. Que pour votre propre équilibre, vous aviez besoin de son énergie. C’est bien ça ?”

 

Un suspense bien maîtrisé comporte très souvent un "jeu du chat et de la souris". Il n’est pas indispensable que l’accusation soit accablante, assortie de multiples preuves avérées. C’est au suspect d’échapper aux griffes de l’enquêteur, de se faufiler vers la sortie. Il y a peu de chance d’y parvenir en amadouant simplement l’adversaire. Ruser avec habileté ne démontre pas non plus que l’on soit innocent, même quand on n’a rien fait de mal. Pas de stratégie infaillible, mais rien à exclure pour faire admettre que l’on n’est pas concerné. Et pendant ce temps-là, nous autres les lecteurs, nous écoutons aussi attentivement que le policier, nous observons comme lui les réactions, nous jaugeons les faits racontés.

Pendant un certain temps, l’histoire d’Angela et de son prince charmant ressemble à une bluette d’adolescents. C’est sur la jetée d’un lac, à Elbow Lake, que se noue leur amour. Il faut donc s’attendre à une romance contrariée, à moult complications. Situation qui, peut-être, prendra une tournure criminelle. Ou, pour le moins, énigmatique. L’auteure se sert de lieux qu’elle connaît (elle a étudié à Oxford, par exemple) ou qu’on imagine sans difficulté (une tranquille bourgade du Vermont). Elle décrit une jeune héroïne quelque peu possessive, mais inspirant la sympathie. L’intrigue ne cherche pas à faire sourire, mais à conserver une ambiance assez détendue. Par le récit perso et le "naturel" du caractère d’Angela, cela introduit une connivence bienvenue avec le lecteur. Un agréable suspense, à dévorer sans modération.