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Les chroniques polars et bédé        de Claude Le Nocher - ABC POLAR

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Alain Emery: L’épaule des cavaliers (Jacques Flament Éd.,2012)

 

12-EMERY-nouvelleSt P. est une petite ville située entre le bord de mer et l’embouchure de la rivière. En ce début 1921, la neige pousse la population à rester chez soi, où à se réfugier dans l’auberge d’Anza. Si la grande boucherie est encore présente dans tous les esprits, celui d’Anza est obsédé par l’improbable retour de son fils. Ce n’est pas ce dernier, sûrement mort, qui se présente en ce 9 février. C’est un gaillard à l’allure puissante, qui portait une veste de gros cuir, des pantalons de flanelle et des bottes de cavalerie, fines et brunes. Il a traversé la salle sans nous saluer, s’est assis près du fourneau, et s’est bourré une de ces pipes dont le tuyau semble taillé dans la patte repliée d’un héron. On ne tarde pas à le surnommer Toulon, un sobriquet qui en vaut d’autres. Et, fatalement, on s’interroge sur cet inconnu, dont on comprend bientôt qu’il fut lieutenant durant la guerre.

Ce sont les traces d’Antoine Couderc, que Toulon vient chercher à St P. Il s’agit de l’ancien cordonnier local. Il était revenu vivant des combats. Bien sûr, il n’y a pas de doute quant à sa culpabilité. Un crime, des aveux, un assassin mis en prison à St Vincent. Agnès, la fière épouse de Couderc, n’a jamais montré ses sentiments aux gens d’ici. Les habitants de la région n’ont pas vraiment envie de se souvenir du clan Kléber, non plus. Armand Kléber fut un puissant armateur, du genre qu’on est bien obliger de respecter. Ou de jalouser, car on sait qu’il vient du peuple, et qu’il s’est enrichi par son seule mérite. La guerre n’allait pas l’appauvrir, lui. C’est là qu’il laissa la gestion de ses affaires à son fils Victor, une manière de ne pas l’exposer au carnage qui débutait. Ce dernier a su profiter des évènements pour faire prospérer la fortune Kléber. C’est ensuite que les choses se sont dégradées dans cette bourgade…

Certains auteurs auraient étiré cette intrigue sur deux cent cinquante à trois cent pages, faisant du remplissage avec quelques inutiles mystères supplémentaires. Alain Emery n’a nul besoin de ces subterfuges pour camper une ambiance sombre qui fait mouche, ni pour offrir des portraits évocateurs. Le format du texte court est bel et bien celui qui convient, sur près de quarante pages. Quelques phrases suffisent pour nous faire saisir le lourd climat qui règne après la guerre. En moins d’une page, nous savons tout sur un certain Poliakoff, habitant du cru. Quant à raconter cet épisode criminel, le narrateur ne cherche pas à nous embobiner avec des énigmes insolubles. C’est un témoignage qui, avec dix ans de recul, garde sa part de fin suspense. Grâce au talent incontestable d’Alain Emery, on suit avec délices cette curieuse histoire. Un auteur à découvrir, on ne le répètera jamais assez. Ce texte est une bonne occasion de le faire.

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