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Publié par CLN

 

12-CAMILLERI-PointsMalgré la crise économique, le groupe Manuelli reste une des puissantes sociétés italiennes. Âgé de soixante-quinze ans, même s’il a encore un certain prestige, son fondateur ne la dirige plus. Le vieux Manuelli a réservé un poste supérieur plutôt fictif à son fils quadragénaire Beppo au sein de l’entreprise. Les vrais directeurs généraux sont Mauro de Blasi, et son adjoint Guido Marsili. Le projet qu’ils mènent à bien actuellement, c’est le rachat de la société Artenia. Son président, Birolli, a commis trop d’erreurs pour continuer. Cela va entraîner une sévère casse sociale, une multitude de licenciements. En présentant positivement les dégâts, Mauro et Guido sont sûrs qu’il n’y aura pas trop de contestation. D’autant qu’on peut compter sur le soutien politique d’un député sous-ministre, qui dira ne voir dans ce rachat que des avantages pour l’emploi. Birolli va toucher le pactole pour ses actions, ce qui l’aide à taire ses scrupules.

La vie privée des deux directeurs n’est pas exactement sereine. Marisa de Blasi est une jolie femme, assez instable quant à ses amours. Elle a quitté le policier Formiggi pour épouser Mauro, il y a quelques années. Si Marisa a connu depuis des amants de passage, elle se croit maintenant éprise de Guido Marsili. Celui-ci l’a charmé grâce à la poésie, qu’il aime à lui susurrer tendrement, au point que Marisa songe à quitter Mauro. Cette perspective n’enchante guère Guido, qui tient plus à son poste qu’à cette amourette. Alors qu’ils doivent passer le week-end au chalet de Guido, il la largue en pleine montagne après l’avoir maltraitée.

Mauro a des soupçons sur la fidélité de sa femme. Aussi a-t-il demandé à son chef de la sécurité d’enquêter discrètement. Ce dernier piste la jeune femme, sans définir réellement qui est l’amant. Guido se montre prudent, plus proche que jamais de Mauro de Blasi, lui préparant son discours pour un congrès à venir. Toutefois, Mauro n’est pas irréprochable. C’est que la belle et intelligente Licia Birolli est fort attirante. Âgée de vingt-cinq ans, employée par un autre patron de grosse société, la blonde petite-fille du président de la société Artenia l’a invité à ce congrès de décideurs économiques. Il espère que, malgré ses légers soucis de santé, ce sera une occasion pour devenir intimes. Beppo Manuelli a des soupçons concernant la régularité du rachat de la société de Birolli, tandis que Marisa de Blasi cultive sa rancune contre son amant et son mari…

On peut dénoncer brutalement le monde des affaires, les dirigeants décomplexés des grandes entreprises agissant avec le plus arrogant cynisme. Andrea Camilleri préfère illustrer leur état d’esprit en finesse. Pendant la crise économique, les malversations entre combinards de haut niveau continuent. Le pire étant que, en parallèle, ces gens tiennent des discours publics moralisateurs. Sur le thème Responsabilité sociale et éthique de l’entreprise, ils se déclarent vertueux et irréprochables, participant activement au sauvetage des sociétés en péril, se souciant du personnel. Pendant ce temps, des sommes énormes transitent entre eux, illégalement et en secret.

La force de Camilleri consiste y à associer leur vie privée, afin de présenter une vraie intrigue à suspense. Car leurs comportements ne sont pas plus propres que dans leurs professions. Et les femmes gravitant dans ces milieux, ici une séductrice et une jeune femme intelligente, ne sont pas plus morales que ces hommes d’affaires. C’est une jungle où elles doivent se montrer sans pitié, comme les mâles, se sachant meilleures comédiennes qu’eux. Les péripéties ne diluent pas le propos de l’auteur, bien au contraire. C’est une façon de montrer que cet univers est foncièrement pourri. La secrétaire de direction en fait l'amère expérience. Intermittence est un roman qui vise juste, tout en nous offrant une passionnante histoire.