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Les chroniques polars et bédé        de Claude Le Nocher - ABC POLAR

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Andrea Maria Schenkel : Bunker (Actes Sud, 2010)

10-SCHENKELIl a espionné sa voisine de l’immeuble d’en face, cette Monika qui déambulait souvent nue chez elle. Il a même visité son appartement, dérobant une photo. Ce vendredi après-midi, il fait irruption dans l’agence où elle est employée. Dans la confusion, Monika pense qu’il s’agit d’un hold-up, seule raison plausible de l’agression. L’homme la maltraite, l’assomme sans doute. Après un moment d’incompréhension, elle sombre dans un état comateux. Quand Monika se réveille, elle est nue dans une pièce à l’étage d’un moulin délabré. Elle parvient finalement à se libérer de ses liens, espérant s’enfuir. Son ravisseur, elle juge que c’est un rustre et un connard. Réagir, Monika y pense, mais sa volonté n’est pas assez forte. Il lui donne à manger, l’enferme seule dans la pièce.

Et si tout ça avait un rapport avec Joachim, qui hante ses rêves ? La photo volée chez elle datait de leur enfance, un cliché où Monika posait avec lui. Elle se remémore cette époque, se souvient de Hans. C’était l’idiot du village, celui dont les gamins se moquaient cruellement. Il voulait pourtant faire partie de leur bande. Le plus méchant avec Hans, ce fut assurément Gerold. Grande gueule jouant au meneur, il répandit de sales rumeurs au sujet de Hans. Quand un drame se produisit au village, il fut immédiatement suspect. Qu’est-ce qu’il est devenu ? Ils ont dit qu’il était fou. Hôpital psychiatrique à perpétuité (…) L’affaire était claire, pourquoi aurait-on continué à en parler ? La captive imagine que son ravisseur n’est autre que Hans, sorti prématurément. D’ailleurs, des détails physiques et comportementaux lui rappellent cet enfant, l’idiot du village.

Pour l’homme, qui a subi la prison, ce moulin est un refuge. Il y a là le souvenir de son père, brutal, qui enfermait sa mère dans la pièce à l’étage où se trouve Monika. C’est au moulin que le ravisseur développa son goût pour l’aventure. Il se souvient encore du projet délirant de son père, construire ce bunker. Mal conçue dans un terrain inadapté, cette cave fortifiée s’avère inutile. Est-ce le choc qui rend sa prisonnière hagarde, ou est-elle folle ? À cause de brûlures aux mains, Monika devient plus dépendante encore de l’homme. Elle a une pensée pour son patron qu’elle n’aime pas et sa collègue. Monika se doute que personne ne s’est préoccupé de sa disparition. Elle finit par proposer à son ravisseur de piéger son employeur, pour s’emparer de l’argent du coffre-fort…

Certes, il est un peu dommage de présenter un résumé linéaire pour un histoire qui n’est pas si rectiligne. En effet, le découpage scénique est nettement plus fin et habile. Chaque protagoniste raconte sa version de la séquestration, narrations parallèles assorties de leur état d’esprit et de réminiscences d’enfance. L’atout principal, c’est évidemment la psychologie de Monika et du ravisseur. Doit-on y voir une variante du Syndrome de Stockholm ? Pas exactement, car on trouve ici plus d’introspection que d’affinités entre eux. S’ils se rejoignent, c’est par leur caractère solitaire, voire indifférent. Au fil du récit, nous suivons également l’intervention des secours. Savoir qui ils essaient de sauver, voilà un aspect supplémentaire du suspense. Un roman court, subtil et captivant.

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