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Les chroniques polars et bédé        de Claude Le Nocher - ABC POLAR

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Auguste Viet : Côte Sauvage (1953)

 

12-VIETDans la presquîle de Quiberon, en Bretagne, le village côtier de Portivy est habité par une population de pêcheurs. Le bistrot de Marie-Cinthe en est le noyau central, là où se retrouvent chaque jour tous les hommes du secteur. Si l’on trinque ensemble, il existe aussi quelques vieilles rivalités jamais éteintes. Marie-Cinthe est aidée par la jeune Anna. Un jour, le maître-maçon Guhennec reçoit une belle somme afin de restaurer la maisonnette située sur l’îlot de Téviec, à quelques encablures du port. C’est une cabane à peine habitable, aussi les clients de Marie-Cinthe s’interrogent.

Pourtant, un inconnu va bientôt s‘y installer, en effet : “Un camion, vers le milieu de la matinée, s’est arrêté devant le Café-Restaurant du Port, et a déchargé une malle de cuir, un sac d’outils, des planches et des voiles”. Peu bavard, l’étranger est séduisant, sans doute peu fait pour côtoyer la population ordinaire. M.Darchet, patron d’une conserverie locale, pense que l’homme est venu vivre là pour lui voler sa belle épouse, Christiane Darchet : “J’ai souffert, je souffrirai encore, cela me regarde, mais pour rien au monde je ne me séparerai d’elle” pense-t-il. Elle aime faire la fête, surtout l’été, s’ennuyant certainement dans la petite vie qu’il lui offre…

Le roman “Côte sauvage” ayant sans doute bénéficié d’un tirage très correct, il en circule encore un certain nombre d’exemplaires soixante ans plus tard... Auguste Viet une petite notoriété locale, mais ne chercha aucune gloire au-delà. Cet habitant du Morbihan naquit à Auray le 8 mai 1894. Il est décédé à Quiberon, le 12 février 1976. Négociant en tissu et confection en gros dans sa ville natale, Auguste Viet écrivit en dilettante quelques pièces de théâtre : “Philomène” (1929, comédie en 2 actes), “Pluche” (1930, pièce en 3 actes), “On a volé la Tour du Loch” (1933) et “Le Tailleur d'images” (1946). En 1952, Auguste Viet écrit ce roman intitulé “Côte Sauvage”. Pour ce livre, il est récompensé à Nantes par le Prix de l'Académie Régence en 1953 (co-auteur du tandem Boileau-Narcejac, l’écrivain Thomas Narcejac faisait partie de ce jury). En 1955, il vient vivre à Quiberon pour assouvir sa passion de la pêche et entreprend l'écriture d'un second roman, “Les Noces de la mer” qui paraîtra en feuilleton dans le journal La Liberté du Morbihan, au cours de l'année 1962.

Il pourrait donc s’agir d’un simple mélodrame, d’une affaire passionnelle. Pourtant, ce n’est qu’un des aspects de cette histoire, et ça n’aurait pas suffi à obtenir la récompense d’un Prix littéraire. Ce qui domine le récit, c’est la vie de ces pêcheurs habitués du bistrot de Marie-Cinthe. L’auteur décrit avec précision le quotidien de ces gens, les lieux où (presque par tous les temps) ils vont traquer le poisson, leur matériel et leurs embarcations (ici, les barques s’appellent des plates, mais on dispose aussi de doris et autres bateaux), la différence des classes sociales et la fonction du recteur (c’est ainsi qu’on nomme le curé en Bretagne).

Son écriture frise parfois le lyrisme, prouvant qu’il connaît fort bien cet univers des pêcheurs : “Ils conduisent, dans le dédale des roches, leurs voiles de couleur, mouillent des casiers faits de simples filets tendus sur des cerceaux de châtaignier et se servent de grossières lignes de chanvre ou de crin. S’ils n’ont pas de moteur, c’est par habitude plutôt que par économie. La mer est la nourrice toujours fidèle et, grâce à elle, l’on ne connaît pas de mendiants dans la presqu’île. Certains pêcheurs sérieux ont même acquis une confortable aisance…” Description réaliste, sociale, psychologique, c’est un véritable témoignage sur la tradition côtière qu’a concocté Auguste Viet. Une histoire maîtrisée et très bien écrite. L’intrigue teintée de romantisme n’a donc qu’une importance relative. Il ne s’agit évidemment pas de pur roman noir criminel, pourtant une vraie puissance évocatrice émane de cet ouvrage. Un livre à redécouvrir, sans nul doute.

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