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Les chroniques polars et bédé        de Claude Le Nocher - ABC POLAR

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Chevy Stevens : Séquestrée (l’Archipel, 2011)

11-STEVENSAgent immobilier âgée de trente-deux ans, Annie O’Sullivan vit à Clayton Falls, sur l’île de Vancouver. Si elle a un petit ami nommé Luc, elle habite encore seule avec sa chienne affectueuse Emma. Un dimanche d’août, alors qu’elle organisait une journée portes ouvertes, Annie est enlevée par un inconnu. Disant s’appeler David, l’homme n’a guère de mal à l’embarquer de force dans sa fourgonnette. Il va bientôt la séquestrer dans une maison en rondins de bois, au cœur de la forêt canadienne. Si le lieu est confortable, Annie n’imagine pas qu’elle va y passer environ un an. Le Monstre est parfaitement documenté sur elle, l’ayant observée et possédant des documents personnels à son sujet. Il prétend offrir une bien meilleure vie à sa prisonnière : Tu n’as pas l’air de comprendre la chance que tu as. Il s’agit de ta rédemption, Annie. Néanmoins, il commence par la maltraiter, afin qu’elle observe scrupuleusement les règles strictes qu’il a édictées.

Les premières tentatives de viol sur Annie sont un échec pour le Monstre. Ses mises en scènes (cérémonie du bain et épilation, vêtements appropriés) n’y font rien. Annie comprend qu’elle doit extérioriser sa peur pour l’amadouer. Ce qui va rendre moins pénibles les rapports sexuels. Quelquefois, le Monstre l’abandonne durant quelques jours. En d’autres occasions, il se confie sur sa mère Juliette, et son enfance chaotique. Annie évoque aussi ses proches : sa mère fantasque et un peu alcoolo, son défunt père mort dans un accident, sa sœur Daisy décédée également, le trop gentil nouveau mari de sa mère. Et aussi son amie Christina, agent immobilier bien plus compétente qu’Annie; ou la tante Val, avec laquelle sa mère ne s’entend pas; et puis Luc, son petit ami. La jeune femme éprouve l’impression que tous ceux-là ne font guère d’efforts pour la retrouver. Une idée confortée par le Monstre. Le temps passe. Il ne ment peut-être pas.

La douloureuse expérience d’Annie ne l’empêche pas de ressentir par moments une certaine pitié pour son ravisseur. Improbable vie de couple ou familiale, qui se termine quand Annie parvient finalement à s’échapper. Le policier Gary lui apporte un peu de compréhension. Malgré une hospitalisation, la jeune femme reste traumatisée, bien plus caractérielle ou asociale que par le passé. Renouer avec Luc apparaît difficile. Le soutien moral de sa mère est illusoire. Annie ne compte pas sur son amie Christina. Heureusement, elle a sa chienne Emma. Son manque de sommeil régulier est alimenté par une hantise dépressive. Les rituels auxquels son ravisseur l’a habituée la marquent toujours. Annie se libère un peu lors des rencontres avec une psy passive, mais attentive. Hélas, ce ne sont pas ce cambriolage à son domicile, et une nouvelle tentative d’enlèvement, qui vont remettre en ordre son esprit…

Il s’agit d’un pur suspense psychologique, d’un roman véritablement envoûtant. Au cours des vingt-huit séances (sur plusieurs mois) chez sa psy, la victime ne raconte pas seulement sa séquestration, et les évènements qui ont ponctué ce long épisode de sa vie. Elle évoque son présent, sans trop de soucis financiers car les médias paient bien pour son témoignage, et le cinéma est intéressé. Le plus dur, c’est évidemment de se reconstruire, alors que cette solitaire a le sentiment que tout n’a pas été éclairci. Son regard sur le quotidien est teinté d’une ironie mordante, qui amène quelques sourires. Le Monstre, son ravisseur, n’est certes pas un personnage sympathique. Il existe une certaine sincérité chez lui, ce qui rend le portrait nettement plus subtil. À l’image de l’ensemble du récit, tout en nuances. Ceci ajoute une belle crédibilité aux mésaventures d’Annie, leur évitant un aspect mélo. Entre l’épreuve passée et les réalités du moment, la construction de l’histoire est idéalement maîtrisée. Tant pis si ce qualificatif est usé, mais c’est réellement un roman captivant.

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