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Les chroniques polars et bédé        de Claude Le Nocher - ABC POLAR

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Claude Bathany : Country blues (Métailié 2010, Points 2011)

 

11-BATHANY-2Au cœur des Monts d’Arrée, dans le Finistère, il existe un secteur rural que l’on nomme le Yeun Elez. À une demi-heure de Brest ou de Quimper, il s’agit d’une région de tourbières, d’une terre de légendes. Autour du lac-réservoir de Saint-Michel, ce site campagnard protégé abrite une population peu nombreuse. C’est dans ce secteur plutôt isolé que vivent deux familles antagonistes. Du côté des Moulec, il reste Didier qui tient un garage, Évelyne et Vincent. Didier a été marié à Clémence, qui le quitta pour un autre homme. Quand ce couple fut assassiné à Cancale, on conclut à un règlement de compte entre truands. Anne-Laure, la fille de Didier et Clémence, se suicida suite à une déception amoureuse lesbienne. Officier de gendarmerie retraité vivant dans son mobile-home, Vincent Moullec séjourne régulièrement dans cette région. Les drames de sa famille et de leurs voisins, il les connaît bien pour avoir enquêté à ce sujet. Évelyne, elle, vivote et picole. Chez les Moullec, il y avait aussi Gildas, disparu depuis quelques années. Il faut aussi citer Jérémie Corréoc, jeune neveu d’Évelyne, proche des Moullec.

La famille Argol, c’est une fratrie composée de trois frères et une sœur. Il y a aussi la mère, mais voilà bien longtemps qu’elle n’a plus sa tête. Leur père, un chanteur qui connut jadis un certain succès, s’est suicidé quelques temps après avoir acheté la ferme des Moullec. Adultes, les enfants Argol sont tous quatre un peu faibles d’esprit, chacun à sa manière. Avec ses airs de rustaude et ses goûts lesbiens, Cécile n’attire guère la sympathie. Elle partagea un appartement avec Anne-Laure Moullec. Quand leur histoire tourna mal, Cécile se retrancha à la ferme. Le solitaire Jean-Bruno ne quitte plus leur propriété depuis plusieurs années. Il voudrait bien terminer ce haut mur séparant leur ferme du reste du monde. Celui qui parait le plus taré, c’est Lucas. Il ne s’exprime quasiment qu’à travers son alter ego, sa marionnette Olive. Il fait un peu peur quand on ne le connaît pas, ce Lucas avec sa tête pleine de vide. Le dernier et le moins sauvage des Argol, c’est Dany. Authentique play-boy bouseux, il n’a pas de mal à séduire les femmes des environs, qui ne sont pas toutes ravissantes.

L’arrivée inopinée de la jeune Flora risque de réveiller les cicatrices du passé. Si Cécile croit s’approprier cette fille musclée, elle se trompe. Qui qu’elle soit, Flora n’a évidement pas débarqué par ici au hasard. D’ailleurs, elle admet avoir connu Anne-Laure Moullec. La famille Argol n’est peut-être pas celle qui intéresse cette inconnue. Ayant repéré Flora, le neveu Jérémie Corréoc a averti les Moullec. Ce qui explique que l’ancien gendarme Vincent vienne rendre une visite aux Argol, après le départ de Flora. Cécile ne l’aime guère, mais ses frères ne voient pas en lui un ennemi. Pourtant, Vincent en sait plus qu’il n’en a dit sur les évènements dramatiques qui se sont produits depuis vingt ans. Ça l’énerve de voir la petite pute fureter par ici, car elle finirait par découvrir bien des secrets cachés…

Dans ce deuxième roman, Claude Bathany entrelace avec soin les cordages d’un sac de nœuds, qu’il convient de dénouer avec précautions. Les moindres détails de ce week-end particulier (et quelques éléments du passé) nous sont racontés à plusieurs voix par les protagonistes. Des témoignages sous divers angles, ou plutôt selon la singularité de chacun. Car nous sommes en présence de familles gratinées, on le comprend vite. Si, chez les Argol tous ont plus ou moins la tête en jachère, le clan Moullec semble avoir quelques cadavres dans le placard. Présentée dans une construction fort sinueuse, cette intrigue s’avère diablement habile et solide. Outre les personnages et leur histoire, il faut souligner l’humour à travers la qualité de l’écriture, réellement inspirée. Ainsi Dany évoque-t-il une de ses conquêtes : …une coquine de quinze ans mon aînée, un peu d’occase, mais vicieuse dans le bon sens du terme, c’est-à-dire dotée d’une puissance d’accueil incroyable (…) Physiquement, elle n’avait rien d’une bombe et se trouvait même plus proche du boudin rural, mais ça je m’en tape: intuitivement, au pieu, j’étais sûr que ce serait du nucléaire. Autant dire qu’arrivé devant chez elle, j’avais le furieux en pôle position. Voilà une comédie noire très excitante. 

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