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Les chroniques polars et bédé        de Claude Le Nocher - ABC POLAR

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Denis Johnson : Personne bouge (10-18 Editions, 2011)

11-JOHNSONMême vêtu d’une tenue de gala, Jimmy Luntz n’est pas exactement le type le plus brillant de Californie. Il s’est endetté auprès de cette crapule de Juarez, qui jongle avec toutes les combines possibles. Venu en Cadillac depuis leur QG de la ville d’Alhambra, Ernest Gambol est chargé de relancer Jimmy Luntz. Gambol ne gobe pas les bobards de Jimmy, qui promet une fois encore être bientôt capable de rembourser. Ils sont sur la route 70 près d’Oroville, quand Jimmy troue la cuisse de Gambol d’un coup de feu. Sur ce parking où ils s’arrêtent, l’émissaire de Juarez saigne sévèrement. Abandonné là par Jimmy, Gambol téléphone à Alhambra afin d’obtenir de l’aide. Juarez lui envoie une blonde grassouillette quadragénaire nommée Mary. Une infirmière idéale, car efficace et discrète.

Jimmy Luntz a poursuivi sa route dans la Cadillac de Gambol, vers la rivière Feather. Il se débarrasse vite du flingue trop compromettant, mais palpe le fric du portefeuille bien garni de sa victime. Il termine cette sale journée dans un bar-karaoké du coin. C’est là que son chemin croise celui d’Anita. Elle se trouve aussi dans une situation précaire, cette Indienne accro à la vodka. Son mari Hank Desilvera vient de la larguer, divorce validé par le juge local, complice de l’époux. Elle n’a pas un rond, alors qu’elle va être condamnée au tribunal pour avoir détourné 2,3 millions de dollars. Elle devra rembourser 800 dollars par mois durant le reste de sa vie. Jimmy et Anita passent la nuit ensemble. Le lendemain, deux agents du FBI (Bureau fédéral des Témoins de Jéhovah, version Jimmy) s’intéressent au pactole qu’Anita est censée avoir dérobé.

Protégé par Mary, Gambol se remet très lentement, restant en contact avec Juarez. Sa soigneuse connaît quelques détails sur Juarez, qui n’est pas Latino comme on le croit. Manquant de fric, Mary ne serait pas contre le fait de gagner un peu plus des 20000 dollars qu’elle va toucher pour ses services. Jimmy et Anita ont besoin d’une planque, au moins jusqu’à mercredi, jour où la divorcée passe au tribunal. Son ami Jay Capra va les héberger chez Sol Fuchs (surnommé Sally Fuck), patron d’un bar-restaurant pour bikers. Pas vraiment la lune de miel pour le couple d’amants, mais ça permet de patienter. Anita rêve de se venger de son mari et du juge, de mettre la main sur les 2,3 millions. Dès qu’il se sent un peu mieux, muni d’une arme achetée par Mary, Gambol est prêt à repartir en chasse. D’autant que, grâce à un tuyau, Juarez vient de localiser la planque de Jimmy. Ce dernier promet un peu tard à Jay Capra de ne pas s’éterniser ici…

Il s’agit d’un roman percutant, dans l’authentique tradition de type Série Noire. Pour l’ambiance, on est plongés dans cette sorte de culture de la marginalité qui semble typique de la Californie. À l’est de Los Angeles, le désert est le repaire des losers. Ces foireux y traînent en espérant une étincelle, une aubaine, un miracle. C’est le terrain parfait pour tous les règlements de comptes, si possible pétaradants. Tout ce que souhaite Jimmy, c’est s’en sortir sans trop de casse, sans que Juarez et Gambol s’en prennent à ses parties intimes. Quant à savoir qui profitera des 2,3 millions détournés, on verra si c’est le plus motivé, le plus lâche ou le plus fourbe ? La narration est nerveuse, le langage est cru, le climat délicieusement amoral ne manque pas d’un humour décalé. Un polar rythmé et solide, extrêmement plaisant.

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