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Les chroniques polars et bédé        de Claude Le Nocher - ABC POLAR

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François Caradec : Le doigt coupé de la rue du Bison (Fayard Noir, 2008)

08-CARADEC-001À l’angle de deux rues, le bistrot Le Boyard est le centre de ce quartier de Paris, quelques années après la fin de la guerre. Un jour, le chien du patron ramène le doigt coupé d’une femme. On alerte la police. Parmi les habitués, nombreuses sont les supputations sur l’amputation. On se demande si la victime est morte ou si, éventualité à la mode, elle a été découpée par des extra-terrestres. Ancien collabo ivrogne au langage très personnel, le policier Maurice n’a guère d’hypothèse à formuler. Son chef, Georges Pauquet, est le modeste commissaire du quartier. Au Ministère, où il est convoqué, on prend l’affaire au sérieux, on pense à la piste des sectes. Pauquet s’informe donc sur les sectes. Il s’interroge aussi sur la disparition de Mme Margaut, une voisine du Boyard.

M. Cherel et ses amis cultivent l’esprit anar. Dans le groupe, il y a Jean Jacquy, Le Grec, qui renseigne Pauquet sur d’improbables lucifériens. Les sectes sataniques ne sont pas rares, mais c’est de la mise en scène pour gogos. Ésotérisme, petites religions, spiritisme, jouent sur la crédulité. Il y a aussi Paul, étudiant en médecine expert dans l’œuvre de Sade. Il y a encore Erik, avec sa chienne d’aveugle, et ses secrètes activités. Il y a enfin l’orphelin Pierre Levey, étudiant à l’École des Chartes. Il est obsédé par d’étranges rêves, qu’il estime prémonitoires, peut-être causés par le fait qu’il ignore tout de la mort de sa mère. Il fait du dédoublement onirique. C’est le neveu de Mme Margaut. Pierre est celui que cette affaire de doigt coupé intrigue le plus.

Mme Margaut n’a pas disparu. Elle est en voyage. Elle a rejoint son fils marin, Jean, en escale. Ce n’est pas n’importe qui, Mme Margaut. Dans cette guerre encore récente, elle fit preuve de caractère. Son réseau reste actif. Consultant un psychiatre pour l’enquête, Pauquet croise Pierre. Celui-ci renseigne le policier sur les sectes templières, qu’il étudie. Perquisitionnant chez sa tante, Pauquet a trouvé des documents sur l’affaire du doigt, d’autres sur 1944. Mais rien ne fait progresser les lentes investigations du commissaire. Peut-être les confidences de la chienne d’aveugle d’Erik lui seraient-elles utiles ?

Un an a passé. Si Pauquet ne trouve pas d’élément, Pierre finit par se rendre à Lamorlaye. C’est là qu’est déclaré le décès de sa mère. Un historien local lui raconte l’histoire du Lebensborn qui fut installé dans la région, une maternité pour concevoir des bébés aryens. À la Libération, la mère de Pierre (qui y fut internée) se suicida. Sa tante protégea le père du bébé de sa sœur, un nazi. Pierre ne peut survivre à ces révélations. Quant au doigt, c’est un employé négligent de la morgue qui l’avait jeté dans une poubelle…

N’imaginons pas une description nostalgique du Paris d’antan, dans ce bel exercice de style. C’est tout juste le décor d’un autre temps. Ici, une histoire peut en cacher une autre, plus sombre que la première. Mais probablement retient-on avant tout une évidente finesse d’écriture et la subtilité des jeux de mots : un cas de concierge, la copulation active, un prénom qui remonte au néolithique (Pierre), « est-ce ta minette qui sort de l’estaminet » ou « nous n’avons pas avancé d’un pouce dans notre enquête sur le doigt coupé. » Peut-être y a-t-il aussi des allusions Oulipiennes plus personnelles. Soulignons autant le jeu sur la forme narrative (témoin impersonnel, conférence, dialogue, confession…) Et tout cela au sein d’une intrigue à suspense très réussie. Un roman absolument original. Hélas, l'auteur est décédé peu après la sortie de ce roman.

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