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Les chroniques polars et bédé        de Claude Le Nocher - ABC POLAR

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Francis Mizio : Pizza sur la rouffe (Ed.la Branche, 2007)

 

07-MIZIO-2007Bernard Ozimi est cinéaste. Depuis plusieurs décennies, il ne réalise que d’obscures œuvres esthétisantes, vaguement pornos. Sa conception artistique, c’est “l’explosé-mélangé”. Le montage de ses films laisse perplexe les critiques. Son thème obsessionnel, ce sont les légumes. Ils sont au centre de tous ses navets. A 71 ans, il tourne Pizza sur la touffe, son ultime improbable chef d’œuvre. Sa carrière ne passionne guère le dernier journaliste acceptant de l’interviewer. Pourtant, Ozimi va trouver le financement, afin de terminer le tournage en apothéose. Pour quelqu’un voulant dilapider sa fortune, rien de mieux que le cinéma expérimental.

Louis-Charles de Telmar est le roi des procéduriers, un intégriste des plaintes absurdes. Ayant parfois gagné dans des cas saugrenus, il veut se surpasser. En plaidant pour la dignité des légumes, par exemple. On découvre le cadavre de Telmar dans le bac à compost d’un jardin ouvrier. Le lieutenant de police chargé de l’affaire s’intéresse plus à la nouvelle fliquette du service qu’à l’enquête. Son côté macho n’impressionne pas vraiment sa jeune collègue. Après un dîner ensemble, le policier confond “intimité” et “intimidé”. Concernant le meurtre de Telmar, il trouve aisément la bonne piste.

Fidèle à la devise « La beauté sera convulsive ou ne sera pas », Ozimi veut que son film s’achève sur un “grand final pétaradant”. Il a désormais les moyens de produire son délire légumier. Son mécène jardinier et lui-même exultent. Certes, l’enquête suit son cours. Peu importe, puisqu’un procès permet à Ozimi d’assurer la promotion de son film. A la surprise générale, c’est un succès – dans la catégorie “nanar-culte”. Tardive gloire pour le concept d’Ozimi, rebaptisé “Sexwithfood”…

Grincheux par nature, les critiques pourraient rappeler à l’auteur qu’il avait annoncé (dans son livre Buffet à volonté, 2003) se retirer définitivement de la “polartique”. En réalité, qu’il continue à écrire est une bonne nouvelle. Puisque, par anagramme, Mizio et Ozimi ne font qu’un, le montage “migrainogène” des scènes est évidemment en désordre. Soulignons les enchaînements astucieux des séquences. Notons un clin d’œil à La belle de Fontenay de J.B.Pouy (cadavre dans un jardin ouvrier). La satire du cinéma intello- hermétique est un régal. Les personnages (la victime, le flic, le mécène) sont savoureux. D’un humour mordant, ce puzzle narratif est plutôt original.

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