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Publié par CLN

 

13-DELPLANQUEIci à Largos, petite ville côtière des Landes, on ne vous renseignera guère sur Jon Ayaramandi. Que vous dirait-on ? Que c’est un brave retraité d’environ soixante-neuf ans. Qu’il a longtemps fait figure de bon grand-père pour la jeune Perle et sa petite Luna, cinq ans et demi. Qu’il fréquente le Cap’tain bar de son ami Jean-Luc Taureau, avec lequel il abuse parfois de l’alcool. Bistrotier rock’n’Harley, hors normes mais pas bien méchant, ce Jean-Luc. Que M.Ayaramandi passe quelques soirées avec Paco et ses congénères Gitans. Bah, même la mairie admet que leur camp ne défrise pas tant dans le paysage. Qu’il fut concerné par quelques morts suspectes, voilà quelques mois ? Non point, puisque la gendarmerie ne l’a jamais ennuyé à ce sujet. Jon Ayaramandi est assurément un petit vieux sans problème.

Quand une jeune femme aussi nue que noire tombe du ciel pour occire son voisin et périr dans sa chute, c’est quand même étrange. Néanmoins, un petit accident au gros orteil préoccupe davantage Jon que ce faits divers. Évidemment, il serait fâcheux qu’on vînt l’interroger sur son passé. Tueur à gages chez Marconi, c’est pas le CV de tout le monde, bien sûr. À part le différend meurtrier l’an passé avec Burger, un ancien confrère, rien à se reprocher depuis sa retraite. Son chauffeur d’autrefois, Valentin, s’est reconverti dans la musique. Les Fucking Puppets, c’est ce groupe rock qu’adore le public depuis des années. Justement, une seconde Noire nue a été balancée d’un hélico dans le jardin landais de Valentin.

Musiciennes, les sœurs M’Bow faisaient partie des Fucking Puppets. Cacher son cadavre, c’est une chose. Comprendre ces meurtres visant Valentin et Jon, plus difficile. Leurs adresses, elles ne sont connues que de quelques initiés. Leur passé, ils ne l’ont pas clamé sur la place publique. Ni la belle Perle ou son mari Al, ni Marconi ou le fidèle Jean-Luc n’avaient de raison de vendre la mèche. D’ailleurs, il vaut mieux que tous ceux-là soient sous la protection des Gitans, même si ça coûte de l’argent à Jon. Les gentils gardiens sri-lankais de la maison de Valentin ne sont pas soupçonnables non plus. Alors que se prépare l’anniversaire de Perle, Mylène (la sensuelle coiffeuse de Largos) ne manque pas d’apporter du réconfort à Jon. Il en a besoin après s’être fait opérer du gros orteil.

Pendant les fêtes folkloriques de Bayonne, voilà que trois autres musiciens des Fucking Puppets s’évaporent à leur tour. Un message SMS des ravisseurs donne bientôt de leurs nouvelles, aussi foudroyantes qu’inquiétantes. Alors que Jon est sur la piste d’extrémistes identitaires qui rejouent les Croisades, c’est Valentin qui est en mauvaise posture. Et Jon reçoit la visite d’un hypnotique diacre exorciste, pas exactement bienveillant, mais vite réduit au silence. Si l’ex-tueur poursuit ses investigations à bord d’une confortable Lamborghini Murcielago, c’est pourtant un combat décisif qui l’attend pour préserver ses proches et Valentin…

Il n’est pas du tout indispensable d’avoir suivi la première aventure de Jon dans Du son sur les murs (Éd.Seuil, 2011) pour lire ce second opus. Vous avez juste raté un très bon polar, mais une séance de rattrapage est possible, y compris après lecture de celui-ci. Bref, revenons à nos pins des Landes. La côte basquaise n’est pas une région très provoc’n’roll, a priori. Même les héritiers de Django ne sont que tolérés, au pays où on aime faire la fête. Pas tous des cosmiques à Largos, dirait le patron du Cap’tain bar. Les zozos qui sèment la mort, ce ne sont pas des apôtres de la tolérance, des disciples de la mixité culturelle.

L’essentiel reste d’éradiquer ces malfaisants dans la bonne humeur. Pour ça, on peut compter sur l’expérimenté Jon, avec la bande-son adéquate. Pas celle du film Apocalypse Now (La chevauchée des Walkyries, The End), ni le thème de James Bond. Encore que Sir Sean Connery eût été parfait pour le rôle, une brochette de jolies femmes faisant ici office de James Bond girls. Hé ! Évitons de digresser, de glisser vers l’approximatif au détriment du factuel. Car, si l’humour et la mort sont partenaires dans cette histoire agitée, Frantz Delplanque maîtrise parfaitement son intrigue et ses personnages. Tumultueuses et souriantes, les tribulations de Jon et de ses amis nous offrent un grand moment de plaisir.