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Les chroniques polars et bédé        de Claude Le Nocher - ABC POLAR

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Frédéric Dard : C’est toi le venin (Fleuve Noir, 2011)

11-DARD-1957Sur la Côte d’Azur en 1957. Éphémère animateur de radio âgé de vingt-huit ans, Victor Menda traîne du côté de Cannes sans argent, ni avenir. Cette nuit-là, une inconnue en voiture l’aborde, et ils ne tardent pas à faire l’amour. Elle disparaît bien vite. Intrigué par les manières de cette femme, Victor a noté le numéro du véhicule. Il n’a aucun mal à retrouver l’adresse supposée de la conductrice. Dans cette propriété, vivent les sœurs Lecain. La cadette Ève, blonde de vingt ans, ne se déplace qu’en fauteuil roulant. Voilà sept ans qu’elle est handicapée, suite à une attaque de polio. L’aînée Hélène, d’allure sportive, affiche la maturité de ses trente-deux ans. C’est à elle qu’appartient la voiture. Incrédule, Hélène estime improbable qu’on ait emprunté le véhicule, enfermé dans son garage clos.

Les deux riches sœurs invitent Victor à séjourner chez elle. N’ayant guère espoir de trouver à être employé dans les alentours, il finit par accepter. Toutefois, il réalise bientôt dans quelle situation fausse il se trouve. Ève est amoureuse de lui alors qu’il est attiré par Hélène. La jeune fille se montre parfois cinglante envers Victor. Une altercation survient, se concluant par des baisers frénétiques d’Ève. Au hasard d’une nuit, Hélène et Victor deviennent intimes. Cette fois, pour lui, il semble se confirmer que ce n’est pas l’inconnue de la brève rencontre nocturne. Ève s’adapte, n’ayant pas besoin d’explication sur leur relation, acceptant leurs chastes fiançailles. Les deux sœurs se proposent même de financer une boutique artistique, La boite aux rêves, dont Victor sera le gérant.

Ayant trouvé un local idéal à Cannes, le trio s’investit dans ce projet. Victor sait que c’est une occasion unique de rebondir, même si un peu d’ambiguïté persiste vis-à-vis d’Ève et Hélène. Plusieurs indices le faisant douter du handicap de la cadette, il se permet de tester la capacité d’Ève à tenir debout. Peu après, on peut encore penser que celle-ci est sortie se promener de nuit. Victor consulte le brave Dr Boussique, médecin de famille, qui certifie que les jambes d’Ève sont inertes. Victor se demande laquelle des sœurs lui joue la comédie. L’attitude de sa fiancée, peut-être fatiguée de s’occuper depuis longtemps d’Ève, ne parait pas non plus d’une complète franchise…

Difficile de dissocier ce roman de son adaptation cinéma, probablement un des meilleurs films de Robert Hossein. Il incarnait Victor dans Toi, le venin (1958), avec Marina Vlady (Ève) et Odile Versois (Hélène). L’ambiance étrange régnant dans cette maison n’explique qu’en partie la réussite de ce film. En suggérant la violence intérieure des sœurs, Hossein est parvenu à donner une belle intensité à cette histoire. On sait quelle amitié profonde l’unissait à Frédéric Dard, dont il ne trahit pas l’esprit dans cette transposition cinématographique.

Si ce suspense s’inscrit dans la veine de ceux de Louis C.Thomas ou de Boileau-Narcejac, c’est assurément une question d’époque. Se démarquant des romans d’action plus violents, les huis-clos psychologiques séduisent le lectorat d’alors. Pour un auteur, il est aussi plus excitant d’entretenir la suspicion autour de deux personnes (voire d’une seule), plutôt que d’exposer une brochette de coupables potentiels. L’essentiel est de garder une tonalité naturelle, la moins théâtrale possible, avec peu d’intervenants. Ce qui permet d’observer les comportements parfois surprenants de l’une comme de l’autre, leurs moments de colère ou de tendresse. Tout cela étant raconté par Victor, prenant le lecteur à témoin. Il va sans dire que Frédéric Dard maîtrise admirablement son récit. Un des titres de cet auteur qu’il est bon de redécouvrir.

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