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Les chroniques polars et bédé        de Claude Le Nocher - ABC POLAR

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Gilles Schlesser : Mortelles voyelles (Parigramme, 2010)

10-SCHLESSER-1Oxymor Baulay est un journaliste parisien quinquagénaire, pigiste depuis deux décennies, perpétuellement fauché. Largué par son ex-épouse, il est l’amant de la pulpeuse et sophistiquée Louise, tout en étant proche de sa concierge, Mme Solidor. Spécialiste des questions de société avec enquête sur le terrain, Oxymor réalise un reportage en immersion parmi les SDF de la capitale. C’est ainsi qu’il sympathise avec Vaïda, qui se dit le fils du dernier roi des Gitans. Dans une valise mise au rebut, l’homme a trouvé un manuscrit qu’il veut échanger contre une cartouche de cigarettes. Par curiosité, Oxymor accepte la transaction. Intitulé “A noir”, il s’agit là d’une étonnante histoire. “Le roman est articulé autour de cinq meurtres, cinq femmes assassinées de la même manière. L’auteur a écrit à la première personne et insère de nombreux flash-back sur ses traumatismes d’enfance : nuits entières au cachot, fouet, viols familiaux. Oxymor frissonne. Ces meurtres sanglants et complaisants lui donnent la nausée…” Il remarque que la lettre Y n’est jamais utilisée dans le texte. Et que le titre s’inspire d’un poème de Rimbaud. Quelle sorte d’indices est-ce là ?

Selon Louise, “ce n’était peut-être pas destiné à être publié, ce n’est pas signé, il peut s’agir d’une forme de confession”, malgré la mention “roman”. Oxymor finit par réaliser ce qui le troublait dans ce texte. Tel un émule de Georges Perec, l’auteur n’utilise jamais le verbe “être”. Paul et Isabelle, couple d’amis bobos, présentent à Oxymor la belle Clara, marquée par un douloureux échec amoureux. Surtout, Paul est éditeur, et s’avoue bientôt très intéressé par la publication du manuscrit confié par Oxymor. Entre-temps, Vaïda a été assassiné dans le campement de gitans où il vivait à l’écart. Consultant des documents, Oxymor comprend que les meurtres du manuscrit ont été réellement commis en 1979. Il contacte l’ancien commissaire Blot, qui enquêta sur cette affaire. Surnommé Hamlet, le tueur ne fut jamais retrouvé. A première analyse, Blot ne pense pas que le manuscrit permette d’élucider cette vieille histoire. Quand le roman est publié au début de l’été suivant, il suscite des commentaires. Il est même en course pour un prestigieux prix littéraire. Faute de pouvoir présenter son auteur, Oxymor s’explique dans une émission culturelle à la télévision.

Une association dans l’esprit de l’Oulipo pourra peut-être offrir de nouvelles pistes à Oxymor. L’ex-commissaire Blot finit par admettre qu’il y a sûrement de nouveaux éléments à glaner. Émissaire du tueur-auteur, le motard Maurice reste encore dans l’ombre. Parmi les amies d’Oxymor, quelqu’un court un danger mortel. Et le policier Cathala n’aidera guère le journaliste qu’il suspecte…

Sans doute, certains lecteurs pourraient s’agacer de l’étalage d’une “érudition culturelle germanopratine” servant de base à l’histoire. Le très parisien Oxymor connaît les meilleurs coins de la capitale, les temps de trajets, et tant de détails GPS qui importent assez peu. Il est bien plus intéressant quand il se remémore des anecdotes de la vie littéraire passée, plus amusant quand il glisse des exemples de figures de rhétorique dans son propos, plus déroutant dans ses rapports avec les femmes. Effectivement, on n’est pas dans un roman observant strictement le déroulement d’un scénario à suspense. Cet exercice de style s’inspire un peu des pratiques de l’Oulipo, recherchant les astuces, pratiquant les textes avec contraintes. En somme, il s’agit de jeux de l’esprit (mais Je est un autre), dont le lecteur doit accepter le postulat. Ceci n’empêche nullement l’énigme entraînant des déductions, le mystère amenant des hypothèses. Notre héros est donc, bel et bien, plongé dans une intrigue criminelle aux multiples péripéties.

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