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Les chroniques polars et bédé        de Claude Le Nocher - ABC POLAR

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Hervé Jaouen : Dans l’œil du schizo (Presses de la Cité, 2012)

 

12-JAOUEN-OeilDelphine et Jean-Luc Gouézec forment un couple ordinaire de notre époque. Ils se sont connus étant étudiants, à Brest. Les parents de Delphine sont de modestes employés municipaux. Habitant Vannes, ceux de Jean-Luc appartiennent à une bourgeoisie quelque peu hautaine. Delphine est bientôt devenue prof de Lettres, après leur mariage. Brillant diplômé d’une école de commerce, Jean-Luc se lance dans une première expérience professionnelle. C’est loin du succès escompté, car l’investisseur n’est pas fiable. Delphine ne s’inquiète pas vraiment quand Jean-Luc montre des signes dépressifs. L’arrivée de leur bébé, Maël, pourrait améliorer la situation. Mais Jean-Luc reste un père fantomatique, ruminant son échec. Un état quasi paranoïaque, où il parait se complaire.

Finalement, Jean-Luc rebondit sur le trampoline des relations de ses parents. Grâce à l’intervention paternelle, il obtient un emploi à Vannes. Cette fois, Jean-Luc est enthousiaste, la société Isolda 2000 lui permettra d’atteindre ses légitimes ambitions. Il est motivé, il sera le meilleur. La famille s’installe dans le Morbihan, s’agrandit avec la naissance de la petite Enora. Sans doute Delphine remarque-t-elle le caractère cyclothymique de son mari. Ce qui agit probablement dans son métier, car les résultats de Jean-Luc ne sont pas à la hauteur. Glissant vers un inévitable licenciement, il s’est acheté une carabine pour le très gros gibier, arme hyper-perfectionnée. Delphine s’inquiète sérieusement : Elle aurait payé cher pour avoir un double des clés de son cerveau. D’autant qu’elle n’ignore pas qu’il adresse des courriers délirants aux plus hautes autorités.

Le psy vannetais qu’elle contacte donne un juste diagnostic. Pourtant, il n’a rien à proposer d’autre qu’un internement pour Jean-Luc, ce que Delphine espère éviter. Le jour où elle envisage enfin la fuite avec ses enfants, c’est le grand dérapage dans l’esprit de Jean-Luc. Pour un schizophrène décidé, une UMD (Unité pour Malades Difficiles) en plein cœur de la Bretagne n’est pas une prison assez solide. Les victimes se multiplient sur la route sanglante de Jean-Luc, qui a basculé dans une guerre personnelle. Il se dirige vers les Monts d’Arrée, terre sauvage selon sa vision du monde, où vivent quelques adeptes d’un celtisme rural et militant. Plus rien ne semble pouvoir arrêter la folie hallucinatoire de Jean-Luc Gouézec…

Beaucoup des romans récents d’Hervé Jaouen sont empreints d’ambiances assez sombres. Lucide ou réaliste, c’est un écrivain qui décrit la vie dans sa rudesse, où les moments heureux sont plus rares que les épisodes dramatiques. Le parcours des personnages n’est jamais un long fleuve tranquille dans un paradis terrestre, fut-il irlandais et riche en saumons. Grand prix de Littérature policière 1990 (pour Hôpital souterrain), Hervé Jaouen renoue cette fois avec la pure noirceur. Si la schizophrénie est une maladie mentale complexe semblant sans véritable solution thérapeutique, on évite ici l’approche médicale proprement dite. Non qu’elle soit absente, mais c’est l’évolution du comportement psychotique qui importe. Le cas de Jean-Luc ne peut que dégénérer, vers un passage à l’acte criminel. Toutefois, l’histoire ne se concentre pas seulement sur lui. En contrepoint, la normalité du quotidien existe à travers les portraits de Delphine désemparée face au problème, de leurs parents respectifs, de l’infirmière de l’UMD ou des habitants de cette campagne bretonne. Décalage entre leurs vies aussi cohérentes que possible, et cette paranoïa qui entraîne tant de violence. Péripéties nombreuses et intrigue maîtrisée, on retrouve dans ce suspense mouvementé tous les qualités d’Hervé Jaouen.

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