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Les chroniques polars et bédé        de Claude Le Nocher - ABC POLAR

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Hugo Buan : Cézembre noire (Pascal Galodé Éditeurs, 2009)

09-BUAN-2Cézembre est une île de la baie de Saint-Malo. En cette veille de week-end du 11 novembre, elle est quasiment inaccessible à cause d’une violente tempête. Ceux qui s’y trouvent sont réfugiés dans la barge-hôtel de la famille Darec (Léon, le grand-père ; Marie-Line, sa fille, la gérante ; Noël, le fils de celle-ci). Outre deux scientifiques américains, les Monsiret et consorts sont des dirigeants de société en séminaire. On attend personne d’autre. Berthy, un malchanceux congénital, n’a pas choisi de se rendre sur Cézembre. Pour rembourser une dette de poker, il doit jouer au tueur à gages. Exécuter le contrat devient un vrai enfer pour ce “tueur à crédit” amateur. À part Hale-la-patte, ancien para d’Indochine muni d’une jambe artificielle, personne n’oserait braver les éléments. C’est ainsi que le duo improbable échoue sur l’île, après une tumultueuse traversée.

Dans le même temps, le commissaire Lucien Workan (du SRPJ de Rennes) est chargé d’une mission à Cézembre. Les deux Américains sont bien des scientifiques, mais surtout des agents de la CIA. Workan doit les surveiller pour essayer de savoir ce qu’ils font là. C’est sans doute en rapport avec le fait que l’île fut bombardée au napalm à la fin de la 2e Guerre. Sous la tempête, Workan embarque avec son équipe sur le bateau de son adjoint rouquin Lerouyer. Quand débarquent ces cinq convives supplémentaires sur la barge-hôtel coupée du monde, Marie-Line Darec s’inquiète pour l’approvisionnement. Tandis que le grand-père Léon retrouve son vieux copain Hale-la-patte, le jeune Noël raconte à Workan la riche histoire de l’île. Vers la fin de la guerre, le cas du capitaine allemand Ruhbescht, proche de Rommel, est plutôt intrigant. Il aurait caché sur Cézembre un lot de diamants, avant de mourir électrocuté à Rennes.

Daphné, la fille des Monsiret, croit voir un soldat nazi. Tous les clients se pensent attaqués par des armes de guerre. C’est plutôt une mise en scène qu’une hallucination collective. Par contre, Mme Monsiret poignardée par une baïonnette, c’est un meurtre bien réel. C’était la cible qu’on avait désignée à Berthy. L’inexpérimenté tueur ne l’a pas éliminée. Workan improvise un début d’enquête, sous la tempête à peine plus calme. Faute de téléphone en état, il est bien difficile de contacter le continent. Workan interroge tout le monde. Il recueille un élément capital, le nom de naissance de la victime : Ruhbescht. Un poncho inondé de sang serait un bon indice, mais tous y ont touché, et on ne peut guère l’analyser sur l’île. Quand on lui désigne une nouvelle cible, Berthy réalise que le vrai commanditaire est présent parmi eux. Si Workan soupçonne un peu les deux Yankees, ce ne sont pas les suspects qui manquent…

Après Hortensias blues (2008), c’est la deuxième trépidante aventure du commissaire Workan. Ce policier compétent et obstiné (mais pas à l’abri des erreurs) se montre moins colérique avec ses adjoints, hommes et femmes. Les voici donc sur une île minée par les bombardements d’antan, sous la tempête, dans un hôtel plutôt singulier. Le suspense insulaire ayant depuis toujours inspiré les romanciers, l’auteur se garde bien d’imiter ses prédécesseurs. Il développe une intrigue rythmée, avec ses surprises et ses suspicions. L’absence de moyens techniques et scientifiques rend l’enquête d’autant plus intéressante. Bien sûr, dans cet “aréopage hétéroclite”, les portraits des personnages constituent le point fort de cette comédie policière. Car, s’il y a bien de la noirceur dans les motivations meurtrières et de la vivacité dans l'action, Hugo Buan nous invite surtout à sourire. Un roman véritablement agréable.

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