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Les chroniques polars et bédé        de Claude Le Nocher - ABC POLAR

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Jean-Bernard Pouy : Samedi 14 (Éd.La Branche, 2011)

11-POUY-ELBIls se tiennent aujourd’hui peinards, les activistes d’ultragauche, les semeurs de foutoir et autres provocateurs de pagaille. Le collectif Van Gogh, par exemple, on n’en entend plus parler. Souvenez-vous de ces activistes qui coupaient l’oreille de nos dirigeants avant de les relâcher. S’ils ont disparu dans l’anonymat, leur chef Maxime Gerland reste un des hommes les plus recherchés de France. Qui penserait qu’il vivote dans un bled de la Creuse, ce quinquagénaire un peu usé ? Un jardin avec quelques pieds de cannabis, un exemplaire en Pléiade des romans de Raymond Queneau, un voisinage pas trop curieux. Il aspire à la tranquillité sous le nom de Maurice Lenoir. Mais un nouveau ministre de l’Intérieur a été nommé le vendredi 13 mars. Comment aurait-il fait le rapprochement entre ce Stanislas Favard et le vieux couple Kowa, ses voisins immédiats ? Ce sont les parents du ministre. Pour l’ancien activiste, voilà le début des emmerdes.

Les forces de polices ont envahi la contrée. Gerland-Lenoir négocie sa liberté surveillée avec Dormeaux, l’agent de la DCRI (ex-Renseignements Généraux), qui ne l’a pas reconnu. L’ambiance vire vite au pénible : “En attendant, il faisait bleu. Ce n’était pas la teinte d’un ciel de printemps inespéré, non, c’était la couleur des uniformes disposés autour de moi et de ma petite maison, comme une haie de thuyas. Et ça commençait déjà, au bout d’une semaine, à me courir sérieusement sur le haricot.” Tant qu’à courir, puisqu’on a réveillé son instinct d’activiste, autant posséder une longueur d’avance. Le voilà qui file en train, de Châteauroux à Lorient, du Havre jusqu’à Annecy. Dans une cache, il a récupéré un peu de fric, une arme et des papiers d’identité. Dormeaux est invité par sa supérieure de la DCRI, Yvonne Berthier, à aller se placardiser à Saint-Hilaire-de-Riez, charmante commune côtière de Vendée (treize kilomètres de plage).

Se faisant appeler Patrick, l’activiste s’installe à Ginostra, dans la baie de Naples, à l’ombre du volcan Stromboli. Justine, une jeune Française y séjourne déjà. Elle ne tarde pas à être séduite par cet énigmatique Patrick. Une relation amoureuse éphémère, sous l’égide de Queneau. La demoiselle n’est pas n’importe qui, on le verra. Retour en France, détour par Bordeaux pour endosser encore une autre identité. Berthier et Dormeaux, finalement indispensable à sa chef, le traquent toujours en vain. “La cavale était comme une douce psychanalyse. Pour me pister, pour qu’un profiler quelconque prévoie ma prochaine étape, bon courage. Le zigzag analytique comme style de vie.”

Les médias sont informés des diverses casseroles, des pires secrets du Ministre de l’Intérieur. Ses relations intimes avec une banquière suisse ou son tableau hérité d’une spoliation, ça fait tache. Tout en restant méfiant, l’ex-activiste va trouver un allié inattendu. On ignore si ses tribulations de l’emporteront jusqu’à Comodoro Rivadavia, mais un peu de bonheur à l’horizon lui ferait le plus grand bien…

On imagine Patrick Raynal lui exposant la thématique de la collection Vendredi 13, et Jean-Bernard Pouy répondant : Pour moi, ce sera “Samedi 14”. Esprit de contradiction, oblige. Non sans respecter le sujet, puisqu’il nous en colle deux, des vendredi 13. Voici donc son héros erratique pérégrinant à travers la France (et un coin d’Italie), guidé par l’envie de nuire à ce ministre qui l’a privé de sa tranquillité, pourchassé par les flics secrets les plus incompétents du pays. Souffrant d’un douloureux lumbago, le personnage admet appartenir plutôt au passé, l’ultragauche étant désormais bien endormie. “Je ne pense pas non plus qu’il va se relancer dans des actions violentes ou subversives. Il va simplement tenter de nous emmerder un maximum” estime la DCRI. En effet, un dernier tour de piste visant le patron de la police, ça ne se refuse pas. Surtout si ça permet de s’offrir d’agréables trajets en train, et de relire romans ou poésies du grand Raymond Queneau. Il est inutile de rappeler les délices de cette tonalité enjouée qui habite la plupart des romans de Pouy. Une fois encore, on se régale.

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