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Les chroniques polars et bédé        de Claude Le Nocher - ABC POLAR

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Jean-Luc Bizien : La main de gloire (Éd. 10-18, 2009)

09-BIZIEN-2Paris, mai 1889, au moment de l’Exposition Universelle. L’aliéniste Simon Bloomberg a été gravement secoué, au moral comme au physique, par sa précédente aventure. Tant qu’il est convalescent, sa gouvernante Sarah Englewood dirige sa maison et veille sur lui. Le policier Léonce Desnoyers et son adjoint Raoul Mesnard viennent lui demander conseil, au sujet d’une affaire extrêmement mystérieuse. On a retrouvé aux abords de l’Expo la main coupée d’une femme appartenant à la bourgeoisie. Puis, c’est le cadavre d’un médiocre cambrioleur, Gontran Lebigre, qu’on a découvert suspendu à un mur, la main tranchée après avoir été torturé. Le légiste a confirmé que la main de femme était momifiée, par on ne sait quel procédé. Faute d’éléments précis, Simon Bloomberg ne voit guère comment aider les policiers. Règlement de compte entre bandes ou tueur fou agissant seul, toutes les hypothèses sont possibles. Néanmoins, la vue de cette main momifiée a créé un choc salutaire pour le médecin. Même si c’est assez fatigant dans son état, il va contribuer à l’enquête.

Il est trop tôt pour comprendre les motivations de l’assassin, peut-être de simples pulsions morbides. La momification de la main reste énigmatique, mais fait penser à ces cadavres déterrés dans des tourbières. Accompagné de Sarah et des deux policiers, Simon Bloomberg consulte au Louvre son ami le Professeur Janvier, expert en momies. Il confirme l’hypothèse de Simon, et leur parle d’une singulière croyance chez les voyous. En ces temps où le charlatanisme spirituel est courrant, les malfaiteurs se pensent protégés quand ils possèdent une sorte de talisman, “la main de gloire”. Peu après, on trouve le cadavre d’un deuxième cambrioleur, mis en scène comme le précédent, peut-être pas tué selon la même méthode. Quoi qu’il en soit, le tueur est sans pitié, traitant ses victimes tels des animaux sacrifiés. Simon et les policiers réalisent que la main de femme a sans doute été perdue par Gontran Lebigre alors qu’il était pourchassé par le tueur. Celui-ci cause encore plusieurs morts. À la prison de la Santé, les complices des cambrioleurs orientent les enquêteurs sur la bonne piste…

Ce roman n’est pas sans rappeler les ambiances de Paul Féval ou d’Émile Gaboriau, dans le Paris du 19e siècle. On pense aussi à celles de Souvestre et Allain, dont une aventure de Fantômas (en 1911) s’intitule La main coupée. Il est vrai que depuis Nerval, Maupassant ou Marcel Schwob jusqu’à notre époque, les histoires de mains tranchées ne sont pas rares. Dans cet inédit, Jean-Luc Bizien s’inspire d’une tradition bien réelle dans le milieu du banditisme de jadis, où une main coupée (le plus souvent celle d’un pendu), sacralisée par un rituel avec des bougies, servait de porte-bonheur supposé. Cette histoire est aussi l’occasion d’évoquer cette Exposition Universelle qui fit naître la Tour Eiffel, où l’on exhiba tels des animaux des peuples qualifiés de sauvages, et où Buffalo Bill présentait un mémorable spectacle. Après La chambre mortuaire, le Dr Simon Bloomberg devient ici consultant pour les policiers, une sorte de “profileur” avant l’heure. Sur une solide intrigue criminelle, l’auteur nous présente un récit riche en péripéties et en macabre suspense. Un polar historique enthousiasmant.

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