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Les chroniques polars et bédé        de Claude Le Nocher - ABC POLAR

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Jean-Paul Jody : Vingt mille vieux sur les nerfs (Baleine, 2010)

10-JODY-1L’année de la Crise débute mal pour Gabriel. D’abord, sa douce Chéryl s’est aperçue qu’elle manquait de repères politiques. Elle passe son temps devant le JT pour essayer de comprendre le monde, au détriment de leurs câlins. Presque aussi grave, le bistrot de Gérard renonce à servir son fameux pied de porc. À cause de la nouvelle clientèle, il n’y a plus de demande pour ce plat ancestral. Des ancêtres appréciant le pied de porc, Gabriel va en dénicher, pour relancer la consommation. Il contacte son vieil ami Gaspard, dans sa maison de retraite. Ils organisent un dîner le mercredi soir chez Gérard, réunissant une demie douzaine d’octogénaire et nonagénaires. Malgré la loi, ils s’octroient même le droit de fumer. Dès le deuxième rendez-vous, ils sont deux fois plus nombreux.

Malgré tout, les vieillards ressentent une déception certaine. ­“Beaucoup sont d’anciens militants, ils évoquent les luttes passées. Le constat est amer. Un échec.” Ils citent en exemple Baptiste, un paysan de leur génération qui vient de commettre un attentat contre d’envahissants militaires. Parmi d’autres, le massacre des baleines par les Japonais resterait une cause à défendre. Dès le lendemain, une explosion au Palais de Tokyo cause la mort de l’ambassadeur du Japon. Suspectant ses vieillards préférés, Gabriel demande conseil à son vieil ami Pedro, lui aussi militant. “Le monde d’aujourd’hui ne correspond plus à celui dont ils rêvaient et pour lequel ils ont risqué leur peau. Forcément, maintenant ils ne ressemblent plus à rien, mais leur vie n’a été qu’un combat. C’est normal qu’ils en parlent. Ça ne va pas plus loin”, analyse Pedro.

Quand un nouvel attentat tue le PDG d’une banque ayant abusé des aides de l’État, on peut rêver que ça rende les autres financiers plus vertueux. Que tous les convives du mercredi aient de justes raisons d’exprimer leur colère, c’est une chose. Mais Gabriel réalise le merdier qu’il a indirectement provoqué. L’ancien tirailleur sénégalais qui provoque un attentat à l’Arc-de-Triomphe, c’est le vieux Moussa, qui fait partie du groupe. Tandis que Gabriel se demande qui est le chef des rebelles décatis, le policier Vergeat pense que Le Poulpe est responsable de ces opérations. Au dîner du mercredi, les débats entre vieillards sont houleux. “On s’indigne, le ton monte, les mots ne suffisent plus, des poings se crispent, à deux doigts du pugilat.” Un autre kamikaze de la bande s’attaque au ministre de l’immigration. Tandis que leurs exploits font des émules partout, les vieux optent pour la clandestinité. Traqué par Vergeat et ses sbires, Gabriel espère vainement calmer Gaspard, Cerise, Deboize, Grand-Robert et leurs amis…

Puisqu’il est établi que les vieilles idéologies sont mortes, tout devrait bien se passer dans notre monde actuel. Or, les crises se succèdent avec des victimes toujours plus nombreuses. Le Discours de la servitude humaine d’Étienne de la Boétie, ou l’attitude de Bartleby d’Hermann Melville (“Je préfèrerais ne pas…”), apportent certaines réponses, selon l’auteur de cet épisode du Poulpe. Ce sont des solutions bien plus radicales que choisissent ces militants âgés amateurs de pied de porc. Gabriel est le témoin impuissant de leurs actes. Dans ce regard sur notre époque, Jean-Paul Jody ironise autant sur les ténors politiciens (tous camps confondus) que sur les lénifiants journaux télévisés : “[le journaliste] mouline les infos et sert soir après soir sa petite purée fade et tiède.” Il n’épargne pas la part de passivité régnant dans la population souvent égoïste. Version poulpesque privilégiant donc la réflexion politique, sans oublier action et péripéties.

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