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Les chroniques polars et bédé        de Claude Le Nocher - ABC POLAR

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Jean-Pierre Alaux et Noël Balen : Saint Pétrus et le saigneur (Le Livre de Poche, 2011)

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À Bordeaux, l’œnologue réputé Benjamin Cooker prépare son Guide des vins, avec son assistant Virgile Lanssien. Son épouse oblige l’expert à suivre un strict régime à base de soupe de choux, ce qui ne le maintient guère en grande forme. Le commissaire Barbaroux a besoin des compétences de Benjamin, lorsqu’un octogénaire est retrouvé assassiné chez lui. Au milieu de la sanglante mise en scène trônent une douzaine de verres, dont l’un est rempli de vin. L’œnologue ne tarde pas à identifier un Pétrus, sans définir précisément le millésime qui doit être plutôt ancien. Peu après, un deuxième homme âgé est assassiné selon les mêmes conditions, encore dans le même secteur. Il peut exister un lien entre le Pétrus et ce quartier Saint-Pierre. Benjamin contacte Franck Dubourdieu, son ami mélomane passionné de jazz, œnologue averti lui aussi. Il va essayer de déterminer l’année de production du vin rare trouvé sur les lieux des crimes.

Au cimetière de Libourne, c’est la stèle d’un défunt qui est saccagée. La mise en scène reste identique, donc il s’agit bien de la même série. Il s’avère que les trois hommes furent proches de la Collaboration durant la guerre, mais peut-être pas tellement impliqués. Parmi les relations de Virgile, se trouve un historien amateur, Renaud Duboyne de Ladonnet. Pour des motifs personnels, celui-ci s’intéresse à ce qui se passa à Bordeaux lors de la Seconde Guerre mondiale. Il les renseigne sur les nombreux mouvements pétainistes, souvent peu influents, qui s’organisèrent alors. Il accepte de chercher des informations sur les trois noms que lui confie Benjamin. L’œnologue interroge l’ancien employeur de Grémillon, le premier octogénaire tué. Certains détails, même s’ils n’offrent pas une piste immédiate, sont probablement à retenir.

Bien qu’affaibli par son régime, Benjamin poursuit les travaux pour son Guide, sans perdre de vue l’affaire. Il y aura un quatrième octogénaire assassiné selon le même scénario, avant qu’une autre tombe soit visée par le coupable. Le mort fut un cousin de celui de la première sépulture saccagée. Un neveu sans lien direct ne peut pas vraiment les aider. Renaud Duboyne de Ladonnet livre à Benjamin et Virgile quelques détails sur un certain Oncle Louis et sur le négoce des vins de Bordeaux durant l’époque nazie…

Ce roman fait partie d’un cycle, Le sang de la vigne, série de polars consacrés à des meurtres dans le monde du vin. Après avoir été transposé à la télévision, avec Pierre Arditi, ce livre est réédité en poche. S’il y est évidemment question d’œnologie, on comprend rapidement qu’il s’agit d’une vengeance ayant trait à la 2e Guerre. On ne manque pas de nous rappeler le rôle monstrueux de Maurice Papon, plus tard protégé par les Gaullistes. Secrétaire général de la préfecture de Gironde, il envoya des centaines de personnes à la mort de 1942 à 1944. La Résistance fut aussi active dans la région, et l’action du diplomate Aristide de Sousa Mendès fut, elle, salvatrice pour toute une population. Ici, intrigue criminelle à suspense et documentation (sur les vins comme sur l’Histoire) vont harmonieusement de pair. Un petit polar qui se lit avec grand plaisir.

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