Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Publié par CLN

 

13-FERRIERE-98Malgré les années qui passent, la petite ville de Châtignes (près de Chartes) reste parfaitement ennuyeuse. Si le très parisien Stéphane y séjourne quelques jours, c’est pour assister aux obsèques d’Alexandre, qui fut un de ses proches. Il espère surtout que son vieil ami ne l’a pas oublié dans son testament. Stéphane se demande comment, même souffrant, Alexandre supportait de vivre à Châtignes.

Le jour de l’enterrement, on découvre un drame dans la maison qu’habitait pour moitié Alexandre. Jeanne s’est suicidée. En effet, cette jeune femme semblait ne pas s’intéresser à grand-chose dans la vie. Toutefois, sa sœur Hélène émet des doutes quant à un suicide. Face à l’inspecteur Vialles, elle accuse presque son beau-frère Étienne. Il est vrai que ces deux-là n’ont pas l’air de s’apprécier. Quant à Mathieu, le meilleur ami d’Étienne, il voudrait se rapprocher d’Hélène, plutôt que de se contenter de la serveuse de l’hôtel, Nelly. Mais Hélène est une femme au caractère affirmé. Le journal intime de Jeanne ne permet guère de douter du suicide. Tragique histoire d’amour ? Stéphane n’y croit pas, ayant d’excellentes raisons de penser que la vérité est nettement moins limpide. Désormais, Hélène admet le suicide, alors que Stéphane est sûr du meurtre.

Les conditions de l’héritage d’Alexandre incitent Stéphane à chercher une autre solution afin de s’enrichir. Avec tous les éléments dont il dispose, c’est un jeu d’enfant pour lui de faire chanter le coupable. Non sans un réel danger, malgré tout. D’autant qu’une autre personne a eu la même idée que Stéphane. Le plan du coupable consiste à supprimer le maître chanteur le plus exigeant avec l’aide du moins vorace. L’histoire se terminera-t-elle quand Stéphane quitte Châtignes ? Pas certain, car il se sent un talent d’écrivain…

Il existe de sympathiques curiosités dans le polar. En 1965, Jean-Pierre Ferrière écrit Un diable sur mesure. Après avoir déjà publié de nombreux romans dans la collection La Chouette, c’est son troisième titre dans la collection Spécial-Police du Fleuve Noir. Si Un diable sur mesure est remarquable, ce n’est pas seulement pour son intrigue à suspense, délicieusement maîtrisée. Toujours cette narration subtile et astucieuse, que connaissent bien les lecteurs de Ferrière. Il convient surtout de souligner la nature de son personnage principal, Stéphane. On compte peu d’homosexuels héros de romans au milieu de la décennie 1960. Par comparaison, il faudra attendre 1972 pour que Charles Aznavour crée la chanson Comme ils disent, qui, première du genre traite de l’homosexualité sans dérision rigolarde. Portrait nuancé ici, mais sans équivoque.

Jean-Pierre Ferrière publia en 1998 une version rafraîchie de ce roman, sous le titre Le passage du gay (Éditions Blanc). Entre-temps, les esprits ayant un peu évolué, il pouvait se permettre un tel jeu de mot (le passage du gué). Surtout, il ajouta un ultime chapitre, qui offre un dernier rebondissement très malin à cette histoire. Si la majorité des suspenses de Jean-Pierre Ferrière méritent d’être redécouverts, c’est vrai pour celui-ci en particulier.