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Les chroniques polars et bédé        de Claude Le Nocher - ABC POLAR

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Jeanne Desaubry : Dunes froides (Krakoen, 2008)

09-DESAUBRYSur le littoral nord, en hiver, au milieu des dunes et des villas closes, une seule maison est habitée par un couple. Victor, universitaire, est veuf depuis quelques mois. Son épouse malade et acariâtre a fait une chute accidentelle dans l’escalier. Il vit ici avec la jeune Martha, mince et rousse étudiante. Tous deux savourent ce tendre bonheur qu’ils ont longtemps attendu. Une ombre les observe, photographiant sans cesse Martha. Elle s’en est aperçue. La jeune femme commence à croire que Victor ne l’aime plus, alors que celui-ci s’interroge sur son bien-être à elle. Un repris de justice, squattant une villa voisine, cambriolant les maisons vides, s’attaque à Martha. Il tente de la violer mais Victor intervient, tuant l’agresseur.

Lors d’une sortie en mer, un retraité repêche le cadavre dont Victor s’est débarrassé. Le gendarme Maillard n’est pas un brillant enquêteur. Il interroge le couple, trouve deux mégots pouvant être des indices, et ne tarde pas à identifier le voyeur photographe qui inquiète Martha. Duchamp fut un vrai journaliste, avant d’échouer ici comme localier. Son voyeurisme est connu. Pour protéger Martha et lui-même, Victor fournit aux gendarmes un coupable de substitution. Il dépose des preuves formelles dans l’appartement et la voiture de Duchamp. Les photos de Martha qu’il a vues chez le journaliste n’on fait qu’attiser sa jalousie, son désir de le compromettre.

Dès le début de son enquête, la capitaine de gendarmerie Adèle Joussaume a tous les éléments pour procéder à l’arrestation de Duchamp, ce qu’elle fait. Pourtant, malgré les preuves, elle estime qu’il reste des incohérences dans cette affaire. Elle s’interroge sur ce couple mal assorti, sur le comportement de la fragile Martha, sur la dureté de Victor. Encore ignore-t-elle les tensions existant entre eux. Maillard pense que Duchamp s’est servi du vélo avec remorque du couple pour transporter sa victime. Quand les gendarmes menés par Adèle Joussaume viennent chercher cette preuve, un drame secoue la villa. Martha doit être hospitalisée, toujours veillée par Victor. Les mois passent, mais Adèle Joussaume cherche toujours la vérité, et Duchamp n’a pas dit son dernier mot…

Le suspense psychologique repose toujours sur un fragile équilibre. Le caractère des protagonistes se doit d’être nuancé. Placés en situation difficile, on attend d’eux des réactions actives et crédibles. La tension entraîne une part de noirceur, qu’il serait maladroit d’exagérer. Pour donner une force au récit, il convient de créer une atmosphère propice, d’en mesurer la densité. Dans son troisième roman, Jeanne Desaubry réunit toutes ces qualités. L’écriture est précise, factuelle, sans effets inutiles. Ainsi un gendarme résume-t-il le cas de la victime: « Il part à la recherche d’une nouvelle villa à casser. Il tombe sur Duchamp. Bagarre, coups de couteau… Et Duchamp se retrouve avec un cadavre sur les bras. Un accident, en somme. » L’état d’esprit des personnages est clairement rendu : « Cette intelligence, ces capacités d’analyse, [Victor] les utilise comme un outil. Il considère sans mépris, mais avec une tristesse apitoyée, ceux qui roulent en guimbarde. Lui, il a toujours été au volant d’une Ferrari mentale. » La progression de l’affaire est maîtrisée en finesse et en détails. L’auteur mérite un prix d’excellence.

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