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Les chroniques polars et bédé        de Claude Le Nocher - ABC POLAR

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Jerónimo Trístante : Le mystère de la maison Aranda (10-18 Éd., 2010)

10-TRISTANTELe sous-inspecteur Victor Ros Menéndez rentre à Madrid au printemps 1877. Âgé de 27 ans, ayant démontré ses capacités à Oviedo, il intègre la Brigade Métropolitaine au commissariat de la Puerta del Sol. Don Armando Martínez vient de mourir. C’est grâce à l’influence de ce policier que Victor a choisi de renoncer à la délinquance. Ce retour est teinté d’une certaine amertume : La vérité, c’est qu’il se sentait perdu; il s’était fabriqué une façade qui impressionnait les autres, celle d’un jeune homme séduisant, brillant, à la mentalité moderne, novatrice, mais au fond, par bien des aspects, il était plongé dans un océan de doutes. Il se sentait orphelin de sa mère et de don Armando, et Madrid s’était beaucoup agrandi, beaucoup trop. Partisan d’une plus grande liberté, Victor n’apprécie guère le conservatisme et l’instabilité politique régnant dans son pays.

Trois prostituées ont été assassinées de manière identique depuis un mois. Amie de Victor, Lola s’inquiète de ces crimes touchant des consœurs. Le sort de ces femmes n’intéressant personne, le policier va mener une enquête officieuse. Il apprend qu’une vieille portant une horrible verrue a recruté les victimes, pour un homme de la haute société. Difficile d’en découvrir davantage. D’autant qu’une autre affaire plus importante est attribuée à Victor et à son partenaire. Elle concerne la famille de don Augusto Alvear, un aristocrate désargenté. Celui-ci n’est autre que le père de Clara, 20 ans, dont Victor est secrètement amoureux. Récemment mariée à Donato Aranda, Aurora (sœur aînée de Clara) vient de tenter d’assassiner son époux. Cet acte pourrait se justifier par la réputation de leur maison, qu’on dit ensorcelée, où deux meurtres furent autrefois commis.

Un exemplaire maléfique du livre de Dante, La Divine comédie, serait associé à ces crimes. Victor n’est pas longtemps dupe de cette mise en scène. Il interroge hors de la maison la domestique Nuria, ainsi que le majordome et sa mère, afin de se faire une idée plus précise de l’histoire de cette maison Aranda. Le jeune policier trouve aussi l’occasion de se rapprocher de Clara, suffragette aux idées plus libérales que celles de sa famille. Victor a sympathisé avec don Alberto, comte du Razès, un dandy passionné d’affaires policières. C’est surtout l’aspect scientifique des investigations qu’il développe, ce qui intéresse et intrigue à la fois Victor. Quand le cadavre décomposé d’une femme est retrouvé, il apparaît qu’elle a été assassinée de la même façon que les prostituées. Or, celle-ci faisait partie de la noblesse. Désormais, Victor est autorisé à enquêter officiellement.

Hernández, l’ami de cœur d’Aurora, pourrait être suspecté de jouer un vilain rôle dans ce dossier. Victor ne doute pas de la sincérité de Donato Aranda, le mari blessé. Parmi les fréquentations de sa jeune épouse, un homme peut avoir une influence néfaste. À moins que la maison, avec son lourd passé, soit réellement maudite ? Il est vrai qu’elle recèle un secret. Pendant ce temps, l’assassin des prostituée sévit toujours. Victor le démasquera, peut-être un peu trop tard…

Concernant un roman de belle qualité tel que celui-ci, il y a fort peu de choses à ajouter. Cette première enquête de Victor Ros, qu’on retrouve dans L’affaire de la Veuve Noire(Éditions Phébus, 2010), s’avère tout simplement impeccable. On sent parfaitement le contexte d’une Espagne rétrograde, freinant la modernité, enracinée dans ses pesantes traditions. Le partenaire et le supérieur de Victor ne sont pas antipathiques, mais n’ont pas la fougue du jeune policier idéaliste. Sa relation avec l’angélique Clara est-elle possible, considérant la différence de milieux sociaux ? Classiquement, deux affaires criminelles s’entrecroisent, mais le lien énigmatique entre elles reste à cerner. Reconstitution documentée et intrigue habile sont les deux atouts majeurs de cet excellent suspense.

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