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Les chroniques polars et bédé        de Claude Le Nocher - ABC POLAR

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Jim Thompson : Le démon dans ma peau (Folio)

11-THOMPSON-FolioAu Texas, dans les années 1960, Central City est une ville de quarante-huit mille habitants. Lou Ford est l’un des adjoints du shérif Bob Maples. Âgé de vingt-neuf ans, c’est le fils d’un médecin qui avait bonne réputation ici. Le frère adoptif de Lou, Mike Dean, est décédé accidentellement sur un chantier six ans plus tôt. S’il avait eu précédemment des ennuis avec la justice, c’était quelque peu à cause de Lou. La mort de Mike Dean ne fut jamais vraiment éclaircie, mais on peut aussi bien penser qu’il a été assassiné. Le syndicaliste Joe Rothman partage ce doute avec Lou Ford. Mais comment mettre en cause le magnat de cette ville, Chester Conway ?

Par ailleurs, il y a deux femmes dans la vie de Lou. Côté sage, il est fiancé à Lucille Stanton, institutrice qui réclame le mariage. Face cachée, il est l’amant de Joyce Lakeland, une prostituée qu’il maltraite et qui aime ça. La fille en question est aussi la maîtresse d’Elmer Conway, le fils du grand patron. Relation que Chester Conway compte bien faire cesser, en payant pour qu’elle quitte Central City. Estimant pouvoir faire confiance à Lou Ford, qui se montre soumis envers lui, M.Conway-père lui a demandé de surveiller la transaction. Ce que va faire Lou, en effet, mais en manigançant tout autre chose. Quand on découvre Elmer abattu de six balles et Joyce massacrée par les poings de son agresseur, Lou regrette d’être intervenu trop tard à cause d’un pneu crevé.

Il doit s’expliquer auprès de l’attorney du comté, Howard Hendricks. Soupçons vite effacés, d’autant que Lou a toute la confiance du shérif Maples. Pourtant, c’est bien son adjoint toujours affable qui a supprimé le couple. En réalité, il reste un souffle de vie à Joyce. M.Conway la fait transférer par avion à Fort Worth, afin qu’on la sauve. Car il veut qu’elle soit jugée, pour blanchir la réputation de son fils et de leur famille. Lou et le shérif participent au voyage à Fort Woth, dociles face au puissant M.Conway. Mais on ne sauvera pas Joyce. De retour à Central City, Lou n’a pas de mal à convaincre son allié le syndicaliste Rothman qu’il n’est pour rien dans cette sombre affaire.

Peu après, un suspect est accusé du double meurtre. Il s’agit du jeune Johnnie Pappas, petit délinquant notoire, fils d’un restaurateur grec. Lou s’est toujours montré amical et protecteur vis-à-vis de Johnnie. Mais il ne peut pas laisser en vie quelquun qui finirait par comprendre, par le dénoncer peut-être. De même que, si elle insiste trop pour se marier, Lou risque de décider l’élimination de sa fiancée Lucille. Quitter la ville avec le fric qu’il a détourné, c’est évidemment le but profond de Lou Ford. Du moins, essaie-t-il de le croire, car partir n’est probablement pas la solution pour lui…

Avec 1275 âmes, écrit auparavant dans le même esprit, Le démon dans ma peau figure parmi les romans magistraux de Jim Thompson. Sans doute parce que ces titres apparaissent plus abordables que d’autres du même auteur, bien plus noirs encore. La narration par le héros est pour beaucoup dans cette fluidité atténuant tant soit peu la gravité des faits. Belle manière de montrer la dualité du personnage : c’est le même Lou qui prépare son repas ou prend sa douche, que celui qui tue froidement et répond calmement aux quelques soupçons à son encontre. Il jouit d’une certaine impunité, ce shérif-adjoint si compréhensif avec tous. Parallèlement, il suscite une part de malaise chez ses interlocuteurs, tel l’attorney ou même le shérif. La complexité psychologique du héros se dessine de plus en plus, non sans raison. Ses partenaires féminines ne sont guère mieux traitées quant à leurs portraits, un véritable roman noir n’épargnant personne. Soulignons la précision remarquable du récit, c’est un véritable travail d’orfèvre. Des puristes plaideraient sûrement pour une nouvelle traduction, qui n’omettrait pas un ou deux mots ou paragraphes occultés çà et là : ce serait absolument inutile, la puissance de l’histoire est restituée dans le ton choisi par Jim Thompson. Un grand classique du genre, à lire et relire.

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