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Les chroniques polars et bédé        de Claude Le Nocher - ABC POLAR

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Joanne & Gerry Dryansky : Satan Lake (Actes Sud, 2010)

10-DRYANSKYL’été 1984 marqua une étape capitale de sa vie. Angie se remémore les faits, et en imagine la partie dont elle ne fut pas témoin. New-yorkaise, Angie est alors une brunette de treize ans. Ses parents ont divorcé. Sa mère est une nympho, prête à toute expérience sexuelle. Ayant la garde d’Angie, son père est un quadra attiré par les jeunes femmes. Cet été-là, il envoie sa fille séjourner à Whitman. Une gentille petite ville dans le nord de État [de New York], du genre qui ne fait jamais parler d’elle. Rien qui traîne. Vos voisins vous dénoncent si vous ne triez pas vos déchet. À part ça, tout le monde est ami avec tout le monde. Employée chez Vinnie’s Pizza, Angie sympathise peu avec le pizzaïolo coréen, mais davantage avec le jeune livreur à vélo, Ross. Âgé de douze ans, Ross s’occupe affectueusement de sa mère, Irlandaise d’origine, atteinte depuis plusieurs années d’une maladie incurable.

Un meurtre suscite durant quelques jours la curiosité de la population locale. Le tueur a laissé sur place une vidéo de son crime. Le policier Will Stone, le père de Ross, et son adjoint Fred Canish sont bientôt appelés pour un nouveau meurtre. Là encore, la victime avait eu une relation sexuelle juste avant, et la vidéo de l’assassinat est sur les lieux. De quoi commencer à inquiéter les habitants. D’autant que la maire de Whitman ne croit guère que Will Stone soit capable de trouver le coupable. Et que Maury Wescott, animateur de la radio du coin, ironise volontiers sur l’affaire. Entre le cas de son épouse et la paranoïa de la policière Corinne Chandler, Will Stone essaie de n’oublier ni l’enquête, ni son fils Ross. L’adolescent n’a pas manqué d’organiser des surprises pour l’anniversaire d’Angie, ce qui les rapproche encore. Will Stone garde du temps pour rendre visite à son frère Charles, interné depuis longtemps en hôpital psychiatrique.

La froide bibliothécaire locale est abattue dans un motel tandis qu’elle jouait à la maîtresse sado-maso avec un homme. Aucun doute, l’assassin est le même. La police ne tarde pas à arrêter Thurston, le vendeur de vélos, probablement le seul véritable ami de Ross. Depuis quelques temps, Thurston tentait publiquement de séduire la victime. Supposément plus qualifiés, deux policiers de l’État de New York vont se charger de dossier. Pourtant, le cas de Mr Little, qui s’occupe de la chorale, va vite relancer l’affaire. Will Stone et Fred Canish n’ont aucun doute, c’est l’œuvre du même tueur à la vidéo. Quant aux mœurs de la victime, elles sont aisées à déterminer. Tout cela disculpe Thuston qui, en cette occasion, s’est rapproché de la policière Corinne Chandler. Tandis que Ross rencontre pour la première fois son oncle Charles, Angie se rend en bus à New York pour retrouver son père. Elle revient à Whitman, plus désorientée que jamais par ses parents.

Cette série de meurtres est consécutive à une cause originelle. Sur toutes les cartes et pour toutes les personnes étrangères à cette région, l’endroit se nomme Winthrop Lake, mais dans cette partie de l’État, les gens l’appelle communément Satan Lake. En dépit de multiples théories sur la question, nul ne pourrait dire précisément pourquoi. Sur les rives de Satan Lake, se situe sans doute une des principales clés de ces meurtres…

S’il faut classifier les livres, ce roman n’est pas un polar. Néanmoins, s’agissant d’une affaire criminelle, il s’adresse tout autant aux amateurs du genre. En toile de fond, c’est un portrait de l’Amérique vers la fin du 20e siècle qui est présenté. Une société au fonctionnement idéalisé, qui masque bien des hypocrisies. Le cas de l’oncle Charles (interné faute d’autre solution) ou le comportement de la policière Chandler (complexée se disant harcelée) n’en sont que deux exemples. Bien sûr, ce sont les ados Angie et Ross qui se trouvent au centre du récit. Ils vivent un épisode initiatique de leur vie. Face aux épreuves traversées, une prise de conscience se produit. Angie et ses parents égoïstes, Ross et l’agonie de sa mère, Will Stone et sa vie sans ambition : on pourrait y voir une réflexion sur la solitude. Ce que confirme finalement l’épilogue, peut-être un peu moraliste, mais qui ne gâche en rien l’ensemble du roman. Car, outre les thèmes abordés, il convient de souligner la qualité du scénario. Cette histoire est diablement bien construite, suggérant ou éludant habilement certains détails pour y revenir par la suite. Utilisant la maladresse supposée de la narratrice, les auteurs installent un captivant suspense autour du sort de chaque protagoniste. Une intrigue vraiment passionnante.

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