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Publié par CLN

 

13-MOOSDORF1955Quelque part en Afrique noire, Marcel Lebrun, un homme encore jeune, veut comprendre pourquoi son épouse Suzanne s’est suicidée. Allemande d’origine, elle semblait pourtant s’être parfaitement adaptée à la vie africaine. Sans doute avait-elle connu une existence difficile, mais elle était heureuse avec Marcel. Celui-ci pense trouver des réponses à Berlin. Ce qui laissent sceptiques ses amis Blancs, des coloniaux blasés. Il compte retourner voir le couple Kramer. Pendant la guerre, ils tenaient une auberge transformée en camps de prisonniers, où Marcel a séjourné. Les Kramer, qui n’étaient pas nazis, ont connu Suzanne.

Dans le Berlin de l’après-guerre, les choses ont beaucoup changé, même si la mainmise soviétique n’est pas encore essentielle. Par une ancienne employée devenue prostituée, Kati (Katherine), Marcel apprend que l’auberge n’appartient plus aux Kramer. Le mari a disparu, l’épouse est partie. Le vieux M.Holzarm a aussi d’utiles renseignements pour Marcel. Deux personnes figurent dans le passé de Suzanne, le musicien Engelhardt et le riche Kerstenberg. L’idéaliste Englehardt n’ayant jamais été l’amant de sa femme, pas de quoi être rétrospectivement jaloux. Toutefois, il peut avoir un rapport avec le suicide. Le musicien fait partie des victimes de cette période, autant que Mme Kramer, qui vit tel un fantôme.

Tout a été tenté pour que Mme Kramer récupère son bien. Pourtant, Marcel veut agir en sa faveur. Aidé de Katherine, il met son plan à exécution. Sans doute est-il trop tard désormais pour changer le destin de ceux qu’il a connus, y compris la jeune prostituée. De retour en Afrique Occidentale, les évènements se bousculent autour de Marcel Lebrun. Tandis qu’une superbe Noire lui propose de remplacer la défunte Suzanne, la mort d’un vieux colonial et les révélations d’un ami lui permettent de mieux comprendre. La page est tournée, mais l’Afrique reste un continent où règnent les sortilèges et le mystère…

Un petit extrait : Il se rendit compte, soudain, que les maisons qu’il longeait lui étaient familières et sourit de guingois en constatant que ses pieds avaient plus de mémoire que sa tête… Cette rue avait conservé, dans sa mémoire, un caractère vieillot et respectable, que coupait de loin en loin la présence d’ailleurs fort discrète— d’un hôtel de passe. Mais elle avait beaucoup changé, elle aussi, entre-temps. À présent, chaque décamètre de trottoir avait ses deux ou trois tapineuses adossées au mur ou marchant de long en large, la hanche onduleuse et le sein provocant.

Johanna Moosdorf (née à Leipzig en juillet 1911, décédée à Berlin en juin 2000) fut une femme de lettres allemande. Presque inconnue en France, elle reçut diverses récompenses pour son œuvre et son engagement politique. Juif, père de ses deux enfants, son premier mari Paul Bernstein mourut à Auschwitz. Dans la maison où elle a vécu de 1959 jusqu'à sa mort, une plaque indique depuis 2006 l’importance de son travail. Publié en 1952 sous le titre Flucht nach Afrika, l’un de ses romans parut en français sous le titre Puzzle noir, collection Un Mystère. Il s’agit quasiment de l’unique ouvrage de Johanna Moosdorf (avec Les rossignols chantent dans la neigeaux Éd.Robert Laffont) qui eut une version française. G.Morris-Dumoulin se chargea de la traduction. On ne peut exclure qu’il ait, pour des questions de format, un peu adapté le texte. Néanmoins, l’esprit de l’histoire apparaît respecté. Voilà un suspense singulier par son ambiance et son époque. L’Afrique coloniale et, surtout, l’Allemagne de l’après-guerre sont évoquées en toile de fond du récit, ce qui fut longtemps assez tabou. Sans omettre une subtile intrigue, soulignons-le. Bien que ce roman n’ait jamais été réédité, on le trouve aisément dans la vente de livre d’occasion.