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Publié par CLN

 

12-MACDONALD-1963Cette histoire se passe dans le complexe hôtelier Sultana, au bord de l’océan. Les congrès de toutes sortes de sociétés s’y succèdent. Ces jours-là, c’est la NAPATAN qui réunit ici ses employés et hauts responsables. Fred Frick, de la société AGR (American General Machine) est chargé de l’organisation, assisté du jeune Bobby Fayhauser. Proche de la retraite, marié à l’intelligente Connie, son patron Jesse Mulaney préside le congrès. Mulaney n’est pas dupe de ce qui se trame contre lui. Si son expérience est indiscutable, les dirigeants du groupe à Huston considèrent que ses méthodes commerciales sont dépassées. Pourtant, il ne manque pas de bon sens : Je lui ai dit que la meilleure façon de rater une vente, c’était de faire intervenir trop tôt les techniciens, car ces gars-là sont capables de vous dénicher une bonne douzaine de raisons pour expliquer que l’installation ne marchera pas. Je lui ai dit qu’il fallait toujours commencer par conclure la vente d’une manière définitive, et qu’ensuite on se débrouille pour faire marcher le satané fourbi. La direction a envoyé sur place Floyd Hubbard afin de mettre Mulaney sur la touche.

Marié à Jan (Janice), père de deux jeunes enfants, Floyd Hubbard a une trentaine d’années. Ingénieur métallurgiste de formation, ses qualités d’administratif ont été repérées par les dirigeants de Huston. Cette mission au congrès du Sultana, qui vise à vérifier la compétitivité de Mulaney, est aussi un test en vue des fonctions à venir pour Hubbard. Bien que courtois, il ne montre pas d’intention de fraterniser avec les gens d’AGR. Fred Flick n’ignore pas ce qu’il vient faire. Flick est un roublard, qui ne tient à déplaire pas à Mulaney. Il cogite un plan afin de mettre en difficulté Hubbard, une idée que son patron approuve. Flick contacte une maquerelle de sa connaissance, afin qu’elle leur envoie une call-girl. Miss Cory Barlund a suffisamment de classe et d’esprit pour piéger Hubbard. Elle va se faire passer pour une pigiste en reportage sur les coulisses d’un congrès, ce qui serait une bonne publicité pour AGR.

Jeune femme séduisante et pleine de caractère, Cory Barlund ne se laisse pas impressionner par Fred Frick, ni par son collègue souvent ivre Dave Daniels. Elle avait la démarche légère d’un mannequin, sans rien d’affriolant, ni de provocant. Elle avait revêtu sa plus belle «petite robe de rien du tout», une robe de jeune fille sans manche ni ceinture, au col montant, conçue de façon à la mouler quand il le fallait et à lui donner de l’aisance… Cory suit le congrès, côtoie les responsables d’AGR. Dont Floyd Hubbard qui, bien que fidèle à son épouse, est vite troublé par cette beauté. Entre les banquets, les soirées et la plage, un subtil jeu de séduction s’installe entre eux. Fatalement, cette relation se poursuit dans l’intimité. Néanmoins, le comportement de Cory suscite un certain malaise chez Hubbard, gêné d’avoir trompé son épouse.

Qu’est-ce qui pourrait détourner Floyd Hubbard de sa mission ? Une conversation avec l’épouse de Mulaney ? Le plan concocté par Frick et son patron ? Le fait que Cory lui révèle être une prostituée ? Cette affaire va causer deux décès, qui n’ont rien d’accidentels. Le capitaine Brewhane de la Brigade Criminelle a parfaitement saisi les circonstances de cette double mort…

John Dann MacDonald (1916-1986) fut un auteur de polars très productif, avec à son actif plus de soixante-dix titres, plus quelques romans de science-fiction. Il débuta dès 1950, et créa le personnage du détective Travis McGee (vingt titres de 1964 à 1984). En 1964, il fut récompensé en France par le Grand prix de Littérature policière, pour La tête sur le billot (Série Noire n°800, réédité chez Carré Noir en 1985).

Voilà une histoire qu’il est très facile de transposer un demi-siècle plus tard. En effet, les pratiques de l’impitoyable monde de l’entreprise n’ont fait qu’empirer. Le héros aurait désormais un poste de DRH, voire d’administrateur de société. Sans avoir besoin de rien justifier, il sacrifierait un directeur régional et son staff, au nom de la rentabilité ou des actionnaires. On peut imaginer qu’existent encore des congrès de ce genre, destinés à régler des comptes au sein de sociétés, où coups bas et manœuvres diffamatoires sont de mise. Homme d’apparence ordinaire, Hubbard n’est pas cynique, mais n’éprouve pas d’états d’âme : Et puis laissons tomber cette introspection stérile. La recherche des motifs qui nous poussent à faire telle ou telle chose est purement académique. Les tâches sont fixées, les missions sont bien précisées. Il faut être massue, il faut être poignard, il faut être gourdin. Quand on a besoin de certitudes, il faut savoir se contenter des plus simples et des moins embêtantes : l’ordre reçu, la tâche accomplie, le fric encaissé.

L’affaire criminelle ne vient se greffer que tardivement, ce qui indique bien le cruel sujet (social et intemporel) qu’a souhaité traiter l’auteur. Si ce roman noir a été récompensé par le Grand prix de Littérature policière, c’est probablement parce que ce thème était fort peu abordé dans les polars français de l’époque. Un des excellents titres de John D.MacDonald.