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Les chroniques polars et bédé        de Claude Le Nocher - ABC POLAR

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Joseph Incardona : 220 Volts (Fayard noir, 2011)

11-INCARDONAÂgé de trente-sept ans, marié à Margot, père de deux enfants, Ramon Hill est l’auteur de plusieurs best-sellers, de solides romans d’action grand public. Un écrivain de talent promis à un avenir littéraire radieux. Sauf que depuis quatre mois, Ramon Hill est incapable de produire une ligne supplémentaire, bloqué au milieu du chapitre 43. Panne sèche, réservoir vide, manque total d’inspiration. Margot a organisé pour eux deux un séjour en montagne de quinze jours, dans la maison appartenant à ses parents. Elle estime qu’un provisoire changement de vie peut relancer son goût d’écrire. Ramon n’en est pas tellement convaincu. Encore moins quand il voit que la grange dépendant de la propriété a été prêtée à leur voisin Charlot. Il y héberge une basse-cour et surtout des porcs puants.

Les relations du couple ne sont pas au beau fixe. Issue d’une famille bourgeoise, vaguement journaliste, Margot adresse de virulents reproches à son mari dès le premier jour. Certes, Ramon se laisse un peu aller, mais pense ne pas mériter la pression que lui impose son épouse. Dès le lendemain au petit-déjeuner, les chamailleries vindicatives de Margot continuent. Ayant trouvé un préservatif usagé, Ramon s’interroge. Sa femme prétend ne pas être revenue dans cette maison depuis le mois de mars. Un deuxième indice trouble bientôt Ramon. Le livre d’un confrère qu’il exècre ne devrait pas traîner ici puisqu’il est paru depuis peu, sauf si Margot y a séjourné entre-temps. Entre paranoïa et jalousie, Ramon ressasse ce drôle de pressentiment, ces questions sur la loyauté de sa femme.

Ramon est victime d’une électrocution. Le vieux docteur Kraus est appelé à domicile. Bien qu’il ne semble pas y avoir de séquelles, il met en garde l’écrivain, lui conseillant le repos. C’est l’inverse qui se produit. L’incident a réveillé la libido de Ramon. Non seulement il assouvit avec Margot sa faim de sexe, mais il se sent désormais capable de poursuivre l’écriture de son roman. Le sommeil de Ramon reste agité, des crises de somnambulisme qui inquiètent un peu le vieux médecin. La jalousie de l’écrivain ne s’est pas éteinte. Il imagine des zones d’ombre dans la vie de Margot, mais chasse les hypothèses lui venant à l’esprit. Alors qu’il vient de mettre le point final à son roman, la situation dérape. Garder son sang-froid, jouer la comédie, Ramon se sent assez fort pour ça. Ce n’est pas sur son beau-père, hostile à sa vocation d’écrivain, qu’il peut compter. Avec un peu de chance, il peut espérer passer entre les gouttes…

Il n’est pas indispensable de chercher des arguments pour évoquer les qualités de Joseph Incardona. Il suffit de lire ses romans. Remington et Lonely Betty ont déjà prouvé qu’il s’agit d’un auteur inspiré et subtil. Les vicissitudes d’un couple, des vacances censées ressouder leur union, un mari en proie à une jalousie peut-être injustifiée, voilà le sujet éternel qu’explore la première moitié de l’histoire. Un huis-clos raconté avec fluidité, non sans quelques passages amusés (Tu sais à quoi je pensais pendant que je pédalais ? Que t’étais Jeannie Longo ? Margot a laissé s’éteindre ma remarque sans souffler dessus). En effet, il n’y a pas de raison de dramatiser. D’ailleurs, cette tonalité reste présente quand les circonstances se font plus sombres. Dès lors, Ramon Hill va incarner un personnage, tel le romancier jouant à être son héros. Débarrassé d’une pesante moralité, il se sent libre et fort, tant dans son écriture que dans sa vie. Si, malgré tout, quelques épreuves l’attendent, Ramon peut compter sur la solidarité des lecteurs. Un suspense noir tout en finesse, à l’écriture nuancée et précise, vraiment très agréable à lire.

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