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Les chroniques polars et bédé        de Claude Le Nocher - ABC POLAR

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Joseph Incardona : Lonely Betty (Finitude, 2010)

10-INCARDONA-1Le 24 décembre 1999, à Durham, dans le Maine (Etats-Unis). On s’apprête à célébrer les cent ans de Betty Holmes, à la maison de retraite. Autrefois, elle fut institutrice ici, instruisant avec sévérité sa petite classe. Betty garde le silence depuis une quarantaine d’années, suite à un choc psychologique. Adjointe au maire, Sarah n’est pas vraiment heureuse à l’idée de perdre son temps pour cette cérémonie. Elle préfèrerait câliner sa petite amie Savannah, gardienne de prison. Hasard qui l’oblige à relativiser les choses, Savannah est occupée, suite au suicide d’une jeune détenue. À la maison de retraite, une erreur s’est produite dans la livraison des fleurs, plus funèbres que celles attendues. Tandis qu’on rectifie, Sarah essaie de draguer la sensuelle infirmière Sally.

L’institutrice n’oublie pas les drames auxquels elle a assisté ou qu’elle a vécu. “Betty Holmes chassa ces souvenirs macabres en agitant les mains au dessus de sa tête. Son cœur s’emballait, elle n’y pouvait rien, des sons gutturaux et très désagréables à entendre s’échappaient du fond de sa gorge. Elle était le dernier témoin d’un siècle bientôt révolu.” La vieille Betty garde sa vivacité grinçante. “Elle se disait que c’était quand même un comble de vivre jusqu’à cet âge si c’était pour fêter ses cent ans entourée d’une bande de ploucs en blouse blanche et de pensionnaires ratatinés du bulbe.” À s’empiffrer comme elle le fait, Betty risque de rendre la cérémonie animée. Plus surprenant, Betty se décide à parler, réclamant de rencontrer John Markham, policier retraité.

Doté d’une descendance qu’il n’a guère de raison d’apprécier, Markham était sur le point de passer un Noël solitaire. Écouter ce que Betty veut lui révéler sur une vieille affaire jamais résolue, pourquoi pas ? En 1958, les trois frères Harrys s’étaient volatilisés alors qu’ils jouaient dans les bois, tout près de l’école, à l’heure du déjeuner. Il y avait un quatrième gamin avec eux, Stephen, le seul qui soit revenu en classe après la triple disparition. Betty vient de retrouver dans une malle un cahier datant de l’époque, appartenant au jeune Stephen. Elle pense que ça peut éclairer les mystères de cette affaire. Mais aucun jury ne croirait les divagations d’une vieille dame supposée sénile comme Betty. John Markham va donc vérifier sur les lieux, dans la neige, en cette soirée à la gloire de Jésus-Christ-Notre-Sauveur…

Il existe des auteurs qui privilégient leur plaisir d’écriture, cherchant à le faire partager aux lecteurs. L’inventivité et la fantaisie, la tonalité amusée et l’espièglerie aussi, tout nous invite à déguster leurs romans, tels des petits plats mitonnés avec passion. Joseph Incardona est un de ces auteurs, qui veut donner le meilleur au public goûtant sa prose. Bel exemple avec ce roman court, qui offre à la fois une intrigue criminelle et un hommage à un grand de la littérature populaire. Habile parodie de roman noir, avec maintes références : “Sous la veste en daim à franges, le holster contenant le 357 Magnum faisait une légère bosse sous le côté gauche de sa poitrine […] L’ancien flic battit son chapeau Stetson sur la cuisse avant de saisir la main que lui tendait Sarah. — Dites John, vous ne croyez pas que le revolver est superflu ? — Chaque fois que je m’suis dit ça, j’ai regretté ensuite de ne pas l’avoir apporté.” Les personnages secondaires ne sont pas négligés, bien au contraire. Voilà un roman enjoué à savourer, un moment fort agréable de lecture.

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