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Les chroniques polars et bédé        de Claude Le Nocher - ABC POLAR

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Keigo Higashino : Le dévouement du suspect X (Actes Noirs, 2011)

11-HIGASHINOUn cadavre entièrement nu, sans chaussures ni chaussettes, est découvert sur la berge de la rivière Kyu-Edogawa, à Tokyo. Le visage a été écrabouillé, comme une pastèque écrasée. Le bout des doigts de cet homme ont été brûlés, effaçant ainsi ses empreintes. Plus loin on retrouve un tas de vêtements calcinés, ayant appartenu à la victime, ainsi qu’un vélo neuf (volé) aux pneus crevés. C’est au policier Kusanagi de résoudre cette affaire. On découvre bientôt que la pension où la victime louait une chambre. Les empreintes sur le vélo sont les mêmes que celles relevées dans le logement, ce qui permet d’identifier le mort, Togashi. Cet homme sans emploi n’avait guère de proches. Néanmoins, il était divorcé d’une femme nommée Yasuko, que la police situe vite. Vendeuse chez un traiteur, elle vit avec sa fille adolescente Misato. Quand les enquêteurs lui demandent un alibi autour de la soirée du 10 mars, Yasuko peut justifier leur emploi du temps.

En réalité, Yasuko et Misato ont effectivement tué Togashi, en se défendant face à son agressivité, l’étranglant avec un cordon. Se sentant coupables toutes les deux, elles n’ont pas eu à prévenir la police. Leur voisin Ishigami est professeur de mathématiques dans un collège des environs. Amoureux platonique de sa voisine Yasuko, il se contente de la croiser. D’une intelligence supérieure, après l’université il aurait pu viser mieux qu’un poste de modeste enseignant. Ishigami va régler le problème grâce à sa rigueur mathématique. Dans l’ombre, il suivra l’évolution de l’enquête. Le policier Kusanagi est ami avec le physicien Yukawa, qui l’aide de sa logique observatrice dans certain cas. Durant leurs études supérieures, Yukawa fut un des rares proches d’Ishigami. Il connaît les capacités de son ancien ami, ce qui l’incite à renouer avec lui. Peut-être dénichera-t-il des éléments qui, bien qu’il soit compétent, auront échappé à Kusanagi.

À part Yasuko, la police n’a guère de suspects. Si pour la deuxième partie de la soirée du 10 mars, l’alibi est valable, elles sont avant ça allées au cinéma. Ce qui est moins contrôlable, bien que Yasuko produise les tickets. Quant à trouver un lien récent avec son ex-compagnon, rien de probant. Si l’assassin a volé un vélo neuf, c’est pour que sa propriétaire porte plainte, facile à comprendre. Mais cela n’explique pas les motivations du criminel. Kudo, qui a connu naguère Yasuko, se rapproche d’elle sans cacher qu’il est amoureux. Le prof de math Ishigami est jaloux, se sent trahi. Certes, Kudo fait un bon suspect pour la police, en tant que complice possible. Pourtant, il n’entre pas dans le plan prévu par Ishigami. Les hypothèses du policier Kusanagi et du physicien Yukawa expliquent mal la mise en scène sophistiquée de l’assassin. Pour déterminer le rôle d’Ishigami, qu’il ne peut que soupçonner, Yukawa rôde dans son quartier…

Chercher des indices dans le résumé factuel qui précède serait vain, car on ne peut exprimer en si peu de phrases les nuances de l’intrigue, son ambiance. Le contexte urbain est ici très différent de l’isolement de La maison où je suis mort autrefois. Inutile de connaître d’avance les quartiers tokyoïtes, on se repère facilement par le récit. De même, tous présentés avec finesse, les personnages sont identifiables. On ne peut pas confondre le policier Kusanagi et son collègue Kishitani, qui n’a nullement la même fonction dans l’histoire. Ni, bien sûr, les deux scientifiques, héros opposés : [Étudiants] ils partageaient l’ambition de construire le monde par la logique, mais avec des approches diamétralement opposées. Ishigami voulait y arriver en construisant des piles de briques que constituaient les calculs. Pour Yukawa, tout commençait par l’observation. Lorsqu’il découvrait une énigme, il cherchait à la résoudre. Ishigami aimait les simulations, Yukawa, les expériences… La forme est bien celle d’un roman d’enquête. Comme dans un épisode de Columbo, nous avons suivi les circonstances du crime, mais le rapprochement s’arrête là. Car nous ne savons pas ce qu’a mijoté réellement le cerveau d’Ishigami; ni s’il est possible de trouver une faille, quel que soit son plan. Lentes investigations tandis que la vie continue, il faut donc s’attendre à quelques surprises.

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