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Publié par CLN

 

12-BRUEN-COLEMANL’Amérique à la toute fin du 20e siècle. Nick Barrett et Todd Rosen furent des amis d’enfance à Brooklyn. Tous deux destinés à prendre les chemins de la criminalité, par des voies différentes. Irlandais d’origine mais new-yorkais pur jus, le père de Nick était un ex-policier. Alcoolique violent, maltraitant sa femme, il se recasa comme agent de sécurité dans la tour Nord. Nick, il a la rage pensait-on du jeune homme, non sans raisons. Après des débuts dans la petite délinquance, grâce à son ami Todd qui effectue des missions pour ce mafieux, Nick va entrer au service du caïd Boyle. Celui-ci imite mal les authentiques Irlandais, mais Nick est assez sage pour bien se comporter. Surtout, averti par Todd, il n’accorde aucune confiance à Griffin, le second de Boyle. C’est un taiseux, ancien activiste de l’IRA, dit-on. Un type cruel, qui méprise ceux qui ne sont pas à a hauteur.

Todd Rosen est issu d’un clan de juifs new-yorkais. Il a été employé par son oncle Harry, qui traficote autour de l’aéroport JFK. Par son bizness, Harry est en affaires avec Boyle. Seul ou en duo avec Nick, Todd va accomplir quelques sales boulots pour le mafieux. Il parvient pendant longtemps à ne pas être repéré des flics. Un jour, sa vie prend une autre direction. Grâce, où à cause de son cousin Ira. Le capitaine O’Connor, du Bureau de Lutte contre le Crime Organisé, lui offre une unique chance de ne pas sombrer. On envoie Todd à Philadelphie, où il aura pour partenaire la séduisante Leeza Velez, marshal des Etats-Unis. Histoire de cœur et apprentissage du métier de flic, deux objectifs à ne pas rater pour Todd. Même si Leeza garde ses distances. Au point de disparaître, quand il est affecté à Boston Sud. Il y aura une autre femme, Kathleen Dolan, mais rien de comparable.

Nick s’est épris de la belle Shannon, une Irlandaise qui ne manque pas de répartie qu’il a croisée dans un bar. Séparée d’un certain Jeff, Shannon élève seule son fils trisomique, le petit Sean. Nick se sent vite complice du gamin, mais pas si facile de former un couple avec Shannon. Si Todd et Nick se revoient ponctuellement, l’Irlandais comprend instinctivement que son ami s’est endurci. Boyle est maintenant convaincu des qualités de Nick. Il lui offre costumes et montres de prix, appartement dans le quartier le plus huppé de New York. En échange, il s’agira d’éliminer Todd, car le froid Griffin est sûr que c’est un flic infiltré. Un cas de conscience retardé, quand Nick est blessé par balle et hospitalisé un temps. Son pire ennemi, ce n’est pas Todd, il en est conscient…

De bons scénarios avec des héros purs et durs, il s’en trouve encore parfois. Mais ce qu’ont écrit là Ken Bruen et Reed Farrel Coleman, c’est un véritable polar hard-boiled, une histoire de durs à cuire. Leur magnifique duo de boyos n’est pas le simple portrait de deux personnages à la fois si proches (par leur marginalité) et si différents (par leurs choix). Non, ce sont là deux types qui affrontent un destin chaotique, violent à tous points de vue. Le véritable roman policier ne doit pas comporter d'intrigue amoureuse exigeait l’écrivain S.S.Van Dine dans ses Règles du roman policier. Les auteurs contournent allègrement cette idée, n’ignorant pas qu’une présence féminine (ici double) est indispensable au roman noir. D’ailleurs, Coleman s’amuse avec ces références, faisant découvrir tardivement à Todd ces livres : Cette nuit-là, au lit, y a eu personne à part moi et Raymond Chandler.

C’est Ken Bruen qui lance la première partie de l’histoire avec ce Nick au parcours erratique, navigant au cœur d’un univers au parfum d’alcools forts et de dureté, dans cette tonalité qui lui est propre. Puis Reed Farrel Coleman raconte le cas de Todd, narration d’une noire vivacité: Cette tête de nœud avait raison, bien sûr. Aussi con que soit Boyle, il n’avait rien à voir avec le meurtre de K, pas directement. Mon combat, c’était contre Rudi, cet enculé calculateur, froid et insensible, un compte que j’avais bien l’intention de régler un jour. Deux styles non pas similaires, mais complémentaires. Et, sans doute, la même volonté partagée de nous proposer un roman noir dans la vraie tradition. Pas d’erreur, ces deux-là en sont les plus dignes héritiers.