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Les chroniques polars et bédé        de Claude Le Nocher - ABC POLAR

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Lawrence Block : Heureux au jeu (Seuil, 2009)

09-BLOCK-1Ancien magicien, William Maynard est un tricheur professionnel. Il a dû fuir Chicago, où une partie de poker a mal tourné. Il s’est arrêté dans cette petite ville, le temps de se faire réparer les dents, et de remettre en place le pouce qu’on lui a déboîté. Quand on l’invite à jouer entre amis au poker, c’est pour Bill l’occasion de récupérer un peu de fric afin de poursuivre sa route. Il est vite séduit par Joyce, l’épouse du riche avocat Murray Rogers, l’hôte de la soirée. De vingt ans plus jeune que son mari, Joyce a repéré les tricheries de Bill mais se tait. Quand elle lui rend visite, ils deviennent amants. Joyce avoue regretter sa vie aventureuse d’autrefois. Si elle mène une vie confortable, le contrat de mariage concocté par l’habile avocat ne fait pas d’elle l’héritière en cas de décès. Il faudrait trouver une combine pour escroquer son époux. Elle propose un faux kidnapping avec rançon, mais Bill estime que c’est trop aléatoire. L’idéal serait d’envoyer Murray Rogers en prison.

Grâce aux relations de l’avocat, Bill obtient un bon job dans cette ville, vendeur de fonds de placement. Ses nouveaux amis lui présentent une jeune femme, Barbara, absolument charmante. Impossible de se laisser aller au romantisme, car Bill garde en tête qu’ils n’évoluent pas tous deux dans le même monde. D’autant qu’il est en train de “fabriquer” le personnage d’August Milani, maître-chanteur. Bill le fait exister physiquement. Il créée aussi des fausses preuves solides contre Murray Rogers. Il s’agit de faire croire que l’avocat aurait assassiné Milani. Qu’importe qu’on ne retrouve jamais le cadavre, si tous les éléments accusent l’avocat. Toutefois, songeant à s’installer ici, Bill hésite à poursuivre. Mais Joyce fait pression sur lui. La mise en scène finale est parfaite. Murray Rogers est rapidement inculpé pour meurtre.

Joyce joue à l’épouse choquée, mais informe Bill que l’avocat a décidé de riposter, de prouver son innocence. Il en deviendrait presque sympathique à Bill, ce mari floué. Pourtant, quand il lui rend visite en prison, Murray Rogers lui annonce qu’il va plaider coupable, invoquer la “démence passagère”. C’est un bon moyen d’être libéré sous contrôle judiciaire, et de mener à bien sa vengeance…

Une histoire qui fleure bon l’atmosphère des sixties dans l’Amérique prospère, avec pro du poker, femme fatale et arnaque où le cave se rebiffe. Cet inédit cultive notre nostalgie des solides romans noirs, où le héros est toujours dépassé par la situation, entraîné vers l’échec. L’état d’esprit de Bill évolue tandis qu’il met en place la machination. Entre confort et risque, un tel personnage ne choisit pas la facilité. Si l’affaire ne tourne pas à son avantage, l’ex-magicien court un réel danger. Il n’est pas nécessaire de vanter les qualités de Lawrence Block qui, déjà à cette époque, maîtrisait son sujet - et qui l’a maintes fois prouvé depuis. Pour les amateurs de noirs suspenses s’inscrivant dans la meilleure tradition, c’est un pur plaisir.

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