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Publié par CLN

 

12-GAGEMario Silva est originaire de São Paulo. Avocat de formation, il s’est engagé dans la police fédérale brésilienne il y a trente ans. Son choix s’explique par l’agression mortelle dont furent victimes ses parents. Pour retrouver le malfaiteur tatoué qui se faisait appeler Cobra, il lui aura fallu sept années. La précieuse montre de son père fut le fil conducteur de son enquête parallèle. Face au coupable, la justice de Mario Silva fut immédiate. Plus tard, ce fut le mari de sa sœur qu’on tua dans des circonstances analogues à la mort de ses parents. Cette fois, Mario Silva ne tarda à découvrir le criminel. Devenu adulte, son neveu Hector Costa, le fils de sa sœur, intégra lui aussi la police fédérale. Âgé maintenant d’une trentaine d’années, Hector est delegado, adjoint de son oncle inspecteur principal.

Cascatas do Pontal est une ville de 250.000 habitants à l’ouest de l’État de São Paulo. C’est dans un hélico affrété par une grosse société de fertilisants agricoles, que l’évêque Dom Felipe y débarque pour inaugurer une nouvelle église. Le prélat est abattu par un tireur d’élite, dont la police du colonel Ferraz retrouve bientôt l’arme supposée. Le meurtre d’un ecclésiastique est une affaire d’état, qui exige que Mario Silva se rende sur les lieux. Il y est précédé par Hector, qui rencontre l’arrogant chef de la police locale. Le colonel Ferraz accuse implicitement les activistes du Mouvement des Sans-Terre. Ils auraient ainsi vengé le meurtre de leur leader local, Azevedo, et de sa famille. Ici, les propriétaires terriens restent hostiles aux lois de réquisition qui bénéficieraient aux paysans pauvres.

Curé de la nouvelle église, le père Gaspar était un ami du défunt évêque, comme lui proche des propriétaires. Selon le curé, des prêtres partisans de la Théologie de la Révolution sévissent aux côtés du Mouvement des Sans-Terre. Mario Silva et Hector s’informent auprès d’une journaliste indépendante, Diana Poli. Elle se montre assez coopérative, ce qui n’est probablement pas sans danger pour elle. Luiz Pillar, chef national des Sans-Terre, croit en leur victoire finale. Des activistes du Mouvement ont enlevé et tué Orlando Muniz Junior. Ce qu’ils revendiquent, accusant leur victime d’avoir été l’assassin d’Azevedo et des siens. Orlando Muniz Senior, n’est autre que le président de l’Association des Propriétaires Terriens. Entouré de ses mercenaires capangas, il compte se venger. Plusieurs autres meurtres vont émailler l’enquête du policier de São Paulo et de son neveu…

Cette première enquête de Mario Silva traduite en français est, ce que l’on peut appeler, une excellente surprise. On est bien loin des clichés exotiques du Brésil, et c’est tant mieux. L’action se déroule aujourd’hui dans ce pays, ne masquant pas sa réalité sociopolitique. Depuis la prise de fonction du président Lula en janvier 2003, certaines réformes ont été appliquées. Mais l’influence de l’Église catholique, des puissants propriétaires terriens, et des multinationales, reste très importante. C’est une véritable guerre permanente qui oppose les paysans sans terres et les propriétaires. Pourtant, l’État rachetant les terres inutilisées, il n’y a pas de spoliation. Il est probable que la hiérarchie de l’Église catholique prenne le parti des plus riches, comme toujours, ainsi que le suggère l’auteur.

Quant à la corruption et aux abus de pouvoir, même la démocratie ne peut guère y mettre fin. Leighton Gage souligne également que le Brésil est un pays où règne une sorte de violence naturelle, sans doute impossible à éradiquer. Violence qui, il faut l’avouer, sert parfaitement l’ambiance de cette intrigue. Enquête policière, certes, mais le contexte se rapproche nettement du roman noir. D’ailleurs, Mario Silva n’apparaît pas forcément opposé aux règlements de comptes radicaux. Voilà un suspense passionnant, dont le climat d’une belle intensité est vraiment remarquable. On espère que d’autres titres de cette série seront traduits en français.