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Les chroniques polars et bédé        de Claude Le Nocher - ABC POLAR

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Lisa Gardner : La maison d’à côté (Le Livre de Poche, 2012)

 

12-GARDNER-LPLe quartier de South Boston est un coin tranquille majoritairement habité par des gens un peu aisés. C’est là que vit la famille Jones. Jason, le père d’une trentaine d’années, est employé dans un journal local. Sandra, la mère de vingt-trois ans, est professeur de Sixième au collègue proche. Ils sont gagas de leur fille Clarissa (dite Ree), gamine précoce âgée de quatre ans. La famille ne serait pas complète sans leur chat, M.Smith. On ne connaît aucun membre de leur parenté, ni d’amis qu’ils fréquentent, pas plus qu’ils ne fraternisent avec le voisinage. La maison des Jones est sécurisée par des portes métalliques à gros verrous et des fenêtres bloquées. Jason s’occupe de la petite Ree en journée, tandis que Sandra prend le relais le reste du temps. Petite famille bien organisée, sans histoire. Pourtant, une nuit, Sandra disparaît mystérieusement. Jason découvre son absence au matin, en rentrant de reportage pour son journal.

L’expérimentée D.D.Warren, célibataire de trente-huit ans, est commandant à la Criminelle de Boston. Son collègue policier Miller l’alerte au sujet de la disparition de Sandra Jones. D.D.Warren constate la situation et observe les lieux, mais il est trop tôt pour lancer une enquête. Une chemise de nuit et un édredon manquants sont bientôt retrouvés à la cave, lavés dans la machine. Le chat M.Smith n’est plus là, mais ça n’inquiète que Ree. Jason Jones se montre peu coopératif, voire passif. Pour D.D.Warren, la vie trop équilibrée du couple apparaît assez factice. La somme de quatre millions de dollars, dont dispose Jason sur ses comptes, serait le fruit d’un héritage. En cachette, il explore sur l’ordinateur familial la messagerie de Sandra. Ses comptes Internet ont été purgés avant la disparition de la jeune femme. Jason ne tient pas à médiatiser l’affaire : journaliste, il est conscient des conséquences ridicules que risque d’entraîner ce cirque.

Âgé comme Sandra de vingt-trois ans, Aidan Brewster loge non loin de chez les Jones. Cheveux blonds hirsutes, yeux bleus, un peu le genre surfeur mais mignon dit-on de lui. Excellent mécanicien, il est employé au garage du quartier. Ayant compris la situation, Aidan craint d’apparaître suspect, étant fiché comme délinquant sexuel. Il suit une thérapie de groupe, respecte bien les règles. Selon sa conseillère d’insertion, il ne s’agit pas de le plaindre, mais Aidan n’est pas un prédateur monstrueux. Il affirme n’être pour rien dans la disparition de Sandra. Ce qui n’empêchera pas qu’il perde son job. Il n’est ni plus ni moins suspect pour la police que Jason Jones. D.D.Warren se sent entravée dans la progression de l’enquête. L’audition de la petite Ree par une spécialiste, donne a penser qu’elle a été témoin d’une visite nocturne. Mais D.D.Warren n’a que trop peu d’éléments concernant la famille, sur le trop calme Jason et sur le passé de Sandra…

Il est légitime que ce roman ait été récompensé en 2011 par le Grand prix des lectrices de Elle. Là où certaines fictions restent trop artificielles pour décrire un tel contexte, Lisa Gardner gomme ce défaut en approchant au plus près de la réalité. Quartier paisible et simples habitants, il est aisé de s’identifier à ce petit univers. Au cœur de l’affaire, un jeune couple aussi ordinaire que possible : Dans cette quête de normalité, nous ignorons ce que nous devons ignorer. Nous cachons ce que nous devons cacher. Et nous fermons les yeux chaque fois que c’est nécessaire pour pouvoir nous cramponner à notre illusion d’un bonheur parfaitement réglé confesse Sandra, nous révélant ponctuellement ses secrets, en particulier sur sa mère hystérique. C’est là, derrière une suite de mensonges, que le sujet devient fort convaincant. N’accorde-t-on pas trop de crédit et de confiance aux gens semblant insérés socialement, juste parce qu’ils savent masquer leur passif, ou leurs mauvaises actions ? Voilà également ce qui freine les investigations de l’opiniâtre D.D.Warren. Les bons citoyens en question font obstruction aux lois, au nom de leur liberté individuelle. Confidentialité légitime ou dissimulant des facettes plus troubles ? En parallèle, les personnes fichées pour des broutilles sont désignées au moindre incident, tel le jeune Aidan. Victime d’un système qui s’affiche vertueux, accablé par l’esprit honnêtes citoyens de gens peut-être bien pires que lui. Cette dimension sociologique est présente dans ce roman, au côté d’une intrigue criminelle énigmatique et palpitante.

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