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Les chroniques polars et bédé        de Claude Le Nocher - ABC POLAR

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Louise Penny : Sous la glace (Actes Noirs, 2011)

11-PENNY-2Three Pines est un village des Cantons-de-l’Est, guère éloigné de Montréal, tout au plus une bonne heure de trajet. Néanmoins, cette tranquille bourgade figure à peine sur les cartes routières. Y habitent autant de francophones que d’Anglos, en parfaite harmonie. Le principal point de rencontre est le bistro d’Olivier, dont le compagnon Gabri tient un gîte pour touristes. On trouve aussi la librairie de Myrna, une Noire qui fut psy à Montréal avant de s’installer ici par hasard. Clara et Peter forment un couple d’artistes, la sensible Clara ayant plus de mal que son mari à imposer ses œuvres. Si la poétesse Ruth Zardo connaît un certain succès, on retient surtout le caractère cinglant de celle qui est également chef des pompiers locaux. Amicale, la douce Émilie Longpré reçoit ponctuellement ses amies âgées. Telles Kaye Thompson, 92 ans, et Béatrice Mayer, 78 ans, dite Mère Bi. Cécilia de Poitiers (dite C.C., 48 ans), son mari Richard Lyon et leur fille de douze ans Crie, sont de nouveaux venus au village. Ils ont acquis la maison maléfique des Hadley, où ils ne résident pas en permanence.

S’imaginant femme d’affaires, C.C. a publié à compte d’auteur une sorte de traité du bien-être, Be calm. Elle prétend s’inspirer d’une vieille philosophie mystique, le Li Bien, un genre de feng shui. Ses préceptes fumeux ne sont pas si éloignés de ceux utilisés par Mère Bi, qui ne les exploite pas commercialement. C.C. est assurément une femme de caractère. Elle méprise son mari mollasson, improbable inventeur, autant que leur grosse fille passant pour une attardée. Elle a un amant photographe, Saul Petrov. Celui-ci reste lucide quant à l’égoïsme de C.C., étant quasi-sûr que les ambitions de sa maîtresse sont vouées à l’échec. En cette froide période de Noël, chacun porte une nouvelle tuque bien chaude sur la tête, et participe aux festivités traditionnelles. Habitants ou résidants de passage, tout ce petit monde séjourne en ce moment à Three Pines. C.C. trouve soudain la mort alors qu’elle assistait à une compétition de curling.

Le policier Armand Gamache allait s’occuper du décès inexpliqué d’une SDF de Montréal que l’on appelait Elle, quand il est appelé sur cette affaire. Il retourne dans ce village où il a déjà mené une enquête. Avec son adjoint Beauvoir, la première question à se poser est de savoir comment a été électrocutée C.C. Sur place, le jeune agent Robert Lemieux sera probablement plus efficace que, dans l’affaire précédente, l’incompétente agente Nichols. Présents lors du drame, Clara et Peter ont tenté avec d’autres de sauver la victime. Clara évite de dire qu’elle a été récemment blessée par l’attitude de C.C. Plus directe, l’impitoyable poétesse et pompier Ruth Zardo n’estime guère cette famille. Dès le lendemain, l’équipe de Gamache est au village, cherchant des indices. Selon la Dr Harris, le faible voltage de l’électrocution justifie mal le décès. Les policiers questionnent les témoins présents au curling. On apprend que le photographe Saul Petrov se trouve aussi dans le secteur. Sa hiérarchie lui ayant imposé l’agente Nichols, Gamache envoie l’agent Lemieux à Montréal enquêter sur la mort d’Elle, la SDF…

Voici la deuxième affaire traitée par le policier Armand Gamache, de la Sécurité du Québec. L’hiver venu, Three Pines ressemble encore davantage à un village idyllique. Le qualificatif de communauté, cher aux nord-Américains, s’applique plus que jamais. Néanmoins, cette paisible bourgade d’Estrie semble marquée par le crime. Il est rare qu’une victime attire aussi peu la sympathie. Arriviste, cynique, elle inspire des réactions négatives à tous. On devine aisément qu’elle n’avait pas investi à Three Pines sans raison, même si son mépris touche autant sa famille que les villageois. On ne doit pas s’attendre à une enquête au tempo rythmé, aux rebondissements spectaculaires. C’est la psychologie relationnelle qui guide l’intrigue (y compris au sein de la police), les indices n’étant confirmés que progressivement. Avec Gamache, le lecteur observe cette communauté, sans conclusions précipitées. Un très agréable suspense, non sans humour, dans lequel il convient de s’installer, meilleur moyen d’en apprécier la saveur. Et, finalement, d’en résoudre les sombres mystères, bien sûr.

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