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Les chroniques polars et bédé        de Claude Le Nocher - ABC POLAR

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Luc Bossi : Manhattan Freud (Albin Michel, 2009)

09-BOSSI1909. Sigmund Freud et son disciple Carl Jung font un voyage aux Etats-Unis, pays où les théories sur la psychanalyse sont encore mal appréciées. Une certaine tension règne entre Jung et Freud, ce dernier n’aimant ni la désinvolture sexuelle de son adepte, ni sa volonté supposée d’être plus brillant que le Maître. Dès qu’ils débarquent à New York, cette ville les impressionne par sa démesure.

L’inspecteur-chef Khan fait partie de ceux qui voudraient réformer la police new-yorkaise, la doter de vrais moyens, afin que la sécurité ne soit pas aux mains de l’agence Pinkerton. August Korda, l’un des bâtisseurs de la ville, vient d’être assassiné à son domicile. Son secrétaire John Manson est en fuite, ce qui fait de lui le principal suspect. Khan ne tarde pas à mettre la main sur Manson, qui nie être le meurtrier. À cause de passages amnésique, Grace Korda, la fille de la victime ayant trouvé le cadavre, ne se souvient pas des faits. Herman Korda, son oncle, accepte que Freud s’occupe du cas de Grace. Pour le psy, il s’agit de la soigner, non pas d’aider la police.

Dès la première séance, une étrangeté apparaît : Grace Korda est habitée par une double personnalité. Judith, la seconde (du nom de sa poupée), est d’un caractère virulent, comme cherchant à protéger Grace… Le policier Khan apprend qu’August Korda appartenait à un mystérieux Club des Architectes, dont plusieurs membres ont disparu récemment. Ce groupe rassemble les puissants fondateurs du New York actuel, qui développent les projets les plus modernistes. Le corps d’un des membres disparus est découvert dans une cuve au sous-sol d’un immeuble neuf. Près de lui, comme ce fut le cas pour Korda, une gravure qui fait référence à l’alchimie. Un signe laissé par l’assassin.

Dans cette affaire, le rôle de Roy Blake, employé de Pinkerton qui était en contact avec Korda, reste obscur. Même si le policier Khan est un peu sceptique sur la science de Freud et Jung, il admet que le tueur puisse être un criminel névrosé. Un expert en ésotérisme pense que le meurtrier s’identifie à Hiram afin d’assouvir une vengeance. L’architecte Burnham, membre du discret Club des nababs, avoue une grande part de symbolisme dans les projets immobiliers new-yorkais. Freud s’intéresse au parcours (peut-être pas si limpide) d’August Korda, passionné par l’œuvre entreprise, jusqu’à la mégalomanie sans doute. Même s’il parvient à éliminer l’influence de “Judith”, les révélations de Grace ne suffiront pas à établir une vérité bien plus complexe…

L’intrigue et le contexte sont les deux éléments complémentaires, aussi essentiels l’un que l’autre, de ce roman. Tandis qu’un policier intègre mène une enquête de terrain, les psys Freud et Jung abordent l’affaire à leur manière. Non sans être entraînés dans des péripéties agitées, voire dangereuses. Au gré d’un récit sinueux à souhait qui évolue à bon rythme, l’auteur manie avec une habileté certaine quelques faux-semblants. Humain et honnête, l’inspecteur Kahn préfigure les Incorruptibles, qui lui succéderont à l’époque de la Prohibition. Mais c’est également le contexte qui fait l’intérêt de cette histoire. En 1909, New York est en pleine mutation, sous l’influence de personnages charismatiques, tels le financier J.P.Morgan, l’homme d’affaire Waldorf, ou Adolph Ochs, patron du New York Times. Dans cette ville qui se modernise, subsiste encore le fameux quartier de Five Points, refuge de tous les délinquants. Dans chaque milieu, l’ambiance apparaît ici fort bien restituée. Ce voyage de Freud en Amérique est très excitant.

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