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Les chroniques polars et bédé        de Claude Le Nocher - ABC POLAR

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Ludo Sterman : Dernier shoot pour l’enfer (Fayard Noir, 2012)

12-STERMANJulian Milner est un journaliste sportif parisien âgé de trente-cinq ans. Fils d’un militant irlandais, son heure de gloire arrive enfin en ce printemps 2008. Julian vient de publier la biographie d’Angel Novella, le leader de l’équipe de France de football qui gagna la Coupe du Monde 1998. Novella étant décédé brutalement en 2006 après une fin de carrière en demi-teinte, il a recueilli des témoignages sur celui qui fut un héros pour les supporters. Le livre s’annonce un succès, mais la haute direction du journal garde un œil quelque peu méfiant sur Julian. Le suicide de Sébastien Peyron, au lendemain de la présentation de cette biographie, pousse Julian à s’interroger. Star lui aussi de la grande équipe de 1998, Peyron avait un caractère peu expansif, mais ça n’explique pas son acte. Le commissaire Martinez mène une enquête de routine sur ce décès, sans livrer le fond de sa pensée.

Évidemment, l’aspect financier de la victoire de 1998 n’a pas été tellement clair. Bien qu’étant un élément-phare de l’équipe, Peyron a pu faire partie des joueurs moins bien servis. Le grand patron du journal insiste pour que Julian se consacre à la promo de la biographie, plutôt qu’à de vaines recherches sur le suicide de Peyron. Joseph, vieux journaliste écarté après de sulfureux articles, recommande la prudence à Julian. Néanmoins, celui-ci rencontre Aurélie, la veuve du joueur, avant d’aller interroger des anciens de 1998 qui se sont vite éloignés de l’équipe. Frattaci admet que l’esprit collectif était bon et qu’il ne négligeait pas le fric, mais que certaines règles de vie n’étaient pas à son goût. Par ailleurs, alors que son directeur est plus sceptique que jamais envers lui, Julian contacte un ex-sponsor, débarqué après 1998, fâché contre les pratiques de la FFF.

Une nuit, Julian se laisse enfermer dans les locaux de la Fédé, afin de consulter clandestinement les dossiers financiers. Puis il retrouve l’ancien responsable de la comptabilité de la FFF. Ce Van Brick confirme l’opacité du système, citant le nom d’un intermédiaire, Grunenwald. Ce n’est pas la première fois que Julian entend parler de cette éminence grise. Ortega, sélectionneur de l’équipe en 1998 devenu ministre, accorde un rendez-vous à Julian. Mais quand les questions se font trop précises, Ortega se montre mordant. Autre ex-joueur ayant peu profité de l’aura de 1998, Pitalian vit à Rennes. Il a annulé leur rencontre. Son épouse intervient et il finit par se confier à Julian. Ce n’est pas l’argent qui lui a posé problème, ce sont les traitements médicaux liés aux performances de l’équipe. C’est dans cette voie que Julian poursuit ses investigations, s’intéressant aussi à la dépressive veuve d’Angel Novella, qui habite du côté de Montpellier…

Le monde du sport se gargarise de belles formules, Mens sana in coropore sano ou L’important, c’est de participer. Ce ne sont plus que des foutaises, dès lors qu’il s’agit des sportifs d’élite. Pour que la population hurle dans les stades plutôt que dans la rue, on a créé tout un système qui produit des héros. Allons acclamer ceux qui se surpassent et font honneur à notre pays. Que tout ça génère du fric à outrance et qu’il existe quelques tricheries, le public l’accepte volontiers. D’autant que des médiateurs appelés journalistes sportifs expliquent aux supporters avec une franche passion que ce sont là des dérapages sans gravité.

Pourtant, les milieux sportifs sont bien plus frelatés encore qu’on ne l’imagine. On y préserve un statut supérieur, davantage basé sur des sommes colossales occultes que sur le sport et l’efficacité de chacun. L’omerta va plus loin, banalisant le dopage et ses dangers. Y compris dans le football, même si les cas probants ont été niés, étouffés, et vite oubliés. Tel est le thème de ce roman noir, fort bien documenté sur les plus sombres aspects du foot-bizness, qui montre les rouages et pressions ainsi que les complicités au sein de cet univers vicié. S’attaquer au symbole de la Coupe du Monde 1998 était sans doute périlleux pour l’auteur, car on se souvient de l’évènement et de ses acteurs. Plutôt que les joueurs, ce sont les enjeux qui passent très rapidement au premier plan dans cette histoire, donnant un résultat convaincant. La quête personnelle de Julian complète cette ambiance réussie. Un excellent polar sur les arcanes du football de haut niveau.

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