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Publié par CLN

13-VILLARD-In8Les dernières élections présidentielles ont désigné Marine Le Pen. Depuis que la Présidente est à la tête du pays, le climat a évidemment changé. On a rétabli la peine de mort et les exécutions publiques, le service militaire obligatoire à l'ancienne, et autres initiatives qui ne font pas que des heureux. Par contre, on entend célébrer la vieille Europe, celle de la tradition occidentale. D'ailleurs, l'ouverture d'un musée à Neuilly lui étant consacré se fera avec faste. Le Ministère des Loisirs et sa section Affaires culturelles préparent ce grand événement. Il se peut même qu'un long poème soit lu pour l'inauguration. Il faut que ce soit un hymne à la glorieuse Europe. Sans fausse note, Janine Darcier-Schwitters y veille. Elle n'ignore pas que les conseillers de la Présidente sont susceptibles, dès qu'on évoque trop positivement les Juifs ou les Noirs. De la poésie lyrique, dans l'esprit de tolérance relative cher aux partisans de Mme Le Pen et aux fidèles de son père.

Le jeune Théo Fromentin, disciple du grand poète Maurice Delbecq, a proposé à Janine Darcier-Schwitters une œuvre correspondant selon lui à cette demande. Un peu d'argent supplémentaire pour cet employé à l'entretien du matériel public à Paris, ce ne serait pas un luxe. Restaurer les WC de la capitale pour appliquer la politique de ségrégation en cours, rien d'excitant. Se joindre aux amis poètes résistants de Maurice Delbecq reste une éventualité pour Théo Fromentin. Toutefois, depuis l'arrivée du régime Le Pen, il est vrai que les mouvements d'opposition se font rares, peu actifs car surveillés de près. Du côté de Pau, le fief béarnais de François Bayrou, des militants centristes organiseraient ce qui pourrait être un début de riposte. Quel que soit le sort du poème de Théo, la laide Janine Darcier-Schwitters en profite pour s'envoyer en l'air d'une façon insolite. La conscience politique du jeune poète commencera peut-être à s'éveiller du côté de Pau...

Le principe de cette collection de novellas consiste à utiliser une phrase ou une formule célèbre (par exemple : Si à 50 ans t'as pas ta Rolex, ou Yes we can!), et à imaginer un texte incluant un caractère social. C'est le «Dégage !» que le peuple tunisien adressa au président Ben Ali, qu'a choisi Marc Villard. Les lecteurs de polars savent que c'est un auteur qui excelle dans l'art de la nouvelle. Pour cette uchronie, récit se déroulant dans un univers où l'Histoire aurait dévié par rapport à la réalité, il choisit un contexte qui n'a rien d'anodin. Tant qu'on est en démocratie, l'humour reste la meilleure arme contre certaines idéologies, généralement passéistes. Savoir si un célèbre politicien béarnais serait le recours face à un tel gouvernement, restons dans la fiction. Cet épisode de la vie de Théo est riche en expériences, spirituelles et érotiques. L'auteur démontre encore qu'il peut suffire d'une bonne cinquantaine de pages pour construire un sujet propice aux péripéties. Avec une belle galerie de portraits, bien entendu. Un vrai plaisir à savourer.