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Les chroniques polars et bédé        de Claude Le Nocher - ABC POLAR

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Maurice Gouiran : Putain de pauvres (Jigal, 2007)

GOUIRAN-2007L’ex-journaliste Clovis Narigou bricole et élève toujours ses chèvres dans les collines proches de Marseille. Cet isolement lui fait oublier la fureur du monde. Ancien amour de jeunesse, Laura se manifeste. Devenue SDF, elle alerte Clovis sur une rumeur sérieuse. En ville, une épidémie toucherait les plus pauvres, paumés et clodos. Elle cite le cas du Portugais Diego. Clovis vérifie auprès d’un marin-pompier et de la pulpeuse infirmière Elodie. En effet, on dénombre plusieurs morts. On parle du retour du virus H1N1, qui causa autrefois la terrible grippe espagnole. Un anonyme Dr X dévoile publiquement l’ampleur de la castapiane, obligeant les autorités à s’en soucier.

Clovis n’est pas surpris du rejet de la population envers les SDF. Des types en 4x4 se chargent d’éliminer quelques clodos. Principe de précaution, discours sécuritaire : les politiques, pas tous extrêmes, envisagent des solutions radicales. Le total des morts enfle, la situation se dégrade. Un promoteur immobilier voit d’un bon œil l’idée d’assainir certains quartiers. Dont celui des Crottes, où ce Materazzi a des projets. La manif pour une “France propre” sent la manipulation. Clovis se rend à Lisbonne, sur la piste de l’ami de Diego. Mario est hospitalisé, gravement malade. Les deux Portugais firent une étrange découverte dans un placard muré de la maison qu’ils squattaient à Marseille.

De retour chez lui, Clovis s’informe sur la spéculation immobilière actuelle, ainsi que sur les cas de gosses torturés. Il craint d’avoir trouvé l’origine de la propagation du virus, dans le fameux placard muré : un cadavre datant de la guerre 14-18. Disparue, Laura a été assassinée. Avec deux gamins des rues, Clovis veut identifier les exterminateurs de SDF. La grippe espagnole a intrigué beaucoup de scientifiques. Des souches existent encore...

La peste, qui décima Marseille au 18e siècle, fait partie de l’Histoire de cette ville. L’auteur s’en inspire, lui donnant une actualité troublante. Confrontés à la réalité de la pauvreté, ne sommes-nous pas tentés d’accuser les “paumés” de causer nos malheurs ? Médias et politiques soutiennent cette version, faute de solutions concrètes. Maurice Gouiran souligne autant les hypocrisies collectives, et les formes d’intolérance, que les magouilles parallèles aux situations de crise. Il exprime aussi l’attachement des purs marseillais à leur quartier, même insalubre, et à leur cité peuplée de toutes origines. Il cite du rap et du slam, qui disent le malaise et l’espoir. A l’image de Clovis, comprendre et agir serait un message contre notre individualisme. Quand le militantisme du romancier est humaniste, servi par une bonne intrigue, on adhère avec enthousiasme.

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