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Les chroniques polars et bédé        de Claude Le Nocher - ABC POLAR

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Maxime Chattam : Léviatemps (Albin Michel, 2010)

10-CHATTAM-2010À Paris, en 1900, Guy de Timée est un jeune écrivain ayant connu tôt un beau succès avec ses romans bourgeois. En découvrant les histoires de Conan Doyle, il décida de suivre cet exemple contre l’avis de ses proches. Pour ce faire, il a rompu avec la pesante ambiance familiale, et s’est installé dans un bordel. Fuir sa vie avait été un moyen de se laisser à nouveau envahir par ses émotions. De les laisser libres, car il l’était lui-même. Habitant le grenier de la maison close tenue par Julie, établissement de bon aloi surveillé par le japonais Gikaibo, Guy rend de menus services. Parmi les prostituées, qui toutes l’apprécient, Faustine est la plus fière et distante. C’est elle qui découvre le cadavre atrocement mutilé de son amie Milaine, pensionnaire de la maison close visitant souvent des clients à l’extérieur. Le duo de policiers venus enquêter n’accordent visiblement pas grande importance à ce meurtre. Leur comportement déplait à Guy et Faustine, qui envisagent de mener leur propre enquête. Traduisant l’attitude des policiers, l’écrivain comprend que Milaine n’est pas la première victime ainsi tuée.

Une piste conduit Guy dans la sinistre rue Monjol, une des plus dangereuses de la capitale. Viviane, une prostituée de ce quartier suintant la pauvreté, a sans doute été victime du même criminel. Heureusement pour Guy, Gikaibo intervient alors qu’il est menacé. Le jeune policier Perotti fut l’ami de cœur de Milaine. Contactant Guy et Faustine, il leur révèle qu’un autre meurtre similaire a eu lieu autour de l’Exposition Universelle. Le trio retourne rue Monjol. Si Viviane vivait dans cet endroit, c’est qu’elle était à la recherche de sa fille Louise, 15 ans. Guy et ses amis sont bientôt piégés par le Roi des Pouilleux, régnant sur la lugubre rue Monjol. Sortis du guêpier, Guy se renseigne auprès du médecin de la morgue ayant autopsié Milaine. Il lui en apprend peu, et n’a pas trouvé de journal intime sur la victime. Élaborant quelques hypothèses, Guy pense que le criminel est un parisien connaissant bien la ville, qui séquestre ses victimes avant de les tuer.

Le policier Perotti et Guy ont accès aux archives de la Préfecture de Police. Neuf cas de meurtres sauvages ont été récemment recensés. Il est surprenant que les dossiers des prostituées y soient déjà classés. Les autorités ne veulent pas ternir la fête de l’Exposition Universelle en y associant ces crimes, c’est évident. Le duo interroge M.Hencks, un ami de Guy. Ce grand chasseur leur explique que le jeu excite autant un tueur que la mort elle-même. Guy baptise l’assassin Hubris, en référence à la mythologie. Il esquisse un portrait psychologique du monstre. S’il est certain que l’homme veut choquer la société, le manque d’écho à ses actes doit le contrarier. En outre, il n’utilise pas une méthode unique pour tuer, ce qui laisse augurer d’autres meurtres aussi sanglants. Guy tente une piste, au cœur des grouillantes Halles de Paris. C’est plutôt en récupérant le journal de Milaine que Guy, Faustine et Perotti vont trouver un nouvel élément important. En effet, la prostituée fréquentait Le Cénacle des Séraphins, un club ésotérique dirigé par Louis Steirn. Pour le trio, les étapes seront encore nombreuses avant d’éclaircir l’affaire…

L’œuvre d’Eugène Sue Les mystères de Paris (1842-1843) constitue un des piliers de la littérature populaire et policière. Bon nombre d’auteurs ont perpétué depuis la tradition du Paris mystérieux. C’est au tour de Maxime Chattam, qui nous à concocté une intrigue riche en énigmes, en périls et en rebondissements. Inutile de souligner la qualité de ses scénarios, appréciés du grand public. Située au début d’un siècle neuf, cette histoire suggère en filigrane la notion de rupture, de nouveau départ choisi par plusieurs protagonistes (dont Faustine). Bien sûr, le décor de la fastueuse Exposition Universelle de 1900 joue son rôle dans le récit. On évoque aussi l’ombre des anarchistes, très présents dans le Paris de cette époque, ainsi que le bas peuple de la capitale, logeant dans des quartiers crasseux et inquiétants. Son héros étant un romancier à succès, c’était probablement pour Maxime Chattam une manière de pimenter son écriture, en s’identifiant à son alter ego Guy de Timée. Car cette nuit, il l’avait décidé, il allait entrer dans l’intimité d’un meurtrier. Il ressentait cette même excitation que le premier jour d’écriture d’un roman, lorsqu’il s’apprêtait à pénétrer dans la peau de nouveaux personnages, de nouvelles intimités à densifier, de nouveaux compagnons à fréquenter pour de longues heures. Ce voyage dans le temps et dans le crime est véritablement un plaisir de lecture.

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