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Les chroniques polars et bédé        de Claude Le Nocher - ABC POLAR

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Megan Abbott : La fin de l’innocence (Éd.J.C.Lattès, 2012)

 

12-ABBOTT-JCLÂgée de treize ans, Lizzie vit avec son frère Ted et leur mère divorcée. Evie Verver est sa voisine, du même âge. Non seulement les deux ados sont dans la même classe, mais elle entretiennent une relation fusionnelle. Elles ne font qu’une, se partageant leurs secrets et leurs vêtements. Bien qu’encore peu féminines, Lizzie et Evie ne sont pas insensibles aux garçons. Lizzie passe beaucoup de temps chez les Verver, cette famille idéale. Dusty, la sœur aînée d’Evie, a dix-sept ans. C’est une jeune fille sportive, pratiquant le hockey, dont la séduction fascine les deux filles. Infirmière, Mme Verver est aujourd’hui une femme plutôt effacée. Lizzie se souvient qu’elle montrait naguère plus de fantaisie. Par contre, M.Verver est un homme merveilleux, aux yeux de Lizzie. Patient et chaleureux, il est très complice avec Dusty, autant qu’attentif vis-à-vis d’Evie et de son amie.

C’est le printemps, vers la fin de l’année scolaire. Le jour où Evie disparaît, Lizzie est la dernière à lui avoir parlé. La police recherche immédiatement l’adolescente. La rumeur locale évoque une précédente disparition, parle d’un tueur rôdant dans la région. Dusty et la mère d’Evie sont sous le choc. Lizzie s’efforce de rester proche de M.Verver. Quand elle se souvient que son amie pensait qu’un inconnu surveillait sa fenêtre de chambre, Lizzie suggère cette piste à M.Verver. Il y avait bien une voiture couleur bordeaux qu’elle a repéré peu avant la disparition d’Evie. Peut-être celle d’Harold Shaw, l’agent d’assurance. Tant que rien n’est sûr, il faut rester prudent dans les accusations. Néanmoins, M.Shaw n’est pas rentré chez lui. Une perquisition à son domicile ne donne pas les preuves espérées par Lizzie et ses copines de lycée. Mme Shaw pense que son mari a trouvé refuge au Canada.

Une vieille dame aurait vu une ado plonger habillée dans un lac voisin, où des recherches sont menées. Lizzie tient à sa propre version, impliquant M.Shaw. Un détail précis lui permet de découvrir des indices importants. Pourtant, elle doit quelque peu manipuler ces preuves pour que, grâce à M.Verver, l’enquête soit orientée dans la bonne direction. Tandis que le FBI cherche autour de la frontière canadienne, Lizzie finit par admettre la mort possible de son amie. Les derniers temps, n’étaient-elles pas un peu moins complices ? Evie m’échappe, se dit Lizzie. La nervosité dépressive de Mme Verver et de Dusty n’empêchent pas l’ado de continuer son enquête parallèle, pour conserver sa relation avec le père d’Evie. Alors qu’elle tente une fouille clandestine nocturne chez M.Shaw, c’est le fils de celui-ci qui va l’aider à faire progresser les investigations policières…

Megan Abbott nous a séduit avec ses premiers titres : Absente, Adieu Gloria, et Red Room Lounge. Cette fois, il ne s’agit plus d’une histoire rappelant les romans noirs des années 1950. Le contexte est plutôt actuel, encore que le sujet apparaisse intemporel. Maîtriser un véritable suspense psychologique n’est pas si simple, surtout quand l’auteure doit se mettre dans la tête d’une enfant de treize ans. C’est justement ici l’atout majeur. Car Megan Abbott ne nous présente pas une petite adulte, mais bien une adolescente, avec sa vie scolaire et familiale, son amitié forte pour sa jeune voisine, l’imaginaire de son âge, et son attirance pour la maturité tranquille du père d’Evie. Lizzie ressent le besoin de comprendre, au-delà de la disparition de sa copine. Une affaire qui progresse donc surtout grâce aux trouvailles de Lizzie. L’intrigue semblerait assez simple, mais il faut compter avec les portraits subtils des personnages. Par exemple, si le jeune Pete Shaw aide l’ado à pister son père, ça répond à de fins motifs. Quelques scènes vécues par les deux amies suggèrent des nuances dans l’image idéale des Verver. Belle virtuosité narrative, pour un suspense de haute qualité. C’est différent de ce que l’on connaît déjà de Megan Abbott, mais tout autant convaincant.

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