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Les chroniques polars et bédé        de Claude Le Nocher - ABC POLAR

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Michel Brosseau : Folie d’Ys (Polars&Grimoires, 2011)

11-BROSSEAU-1Thomas Le Gall est, avec son collègue Yann, un des deux journalistes de Douarn’ Hebdo, magazine culturel publié à Douarnenez. L’évènement du moment, c’est la future création d’un parc d’attraction sur l’Île Tristan, en face du port. Le projet CelticLand s’inspirera des légendes autour de la Ville d’Ys. L’opulente cité du roi Gradlon, qui fut jadis ensevelie sous les eaux à cause de sa fille Dahut, se situait dans les parages. Thomas note les réactions mitigées d’une population n’aimant guère que l’on récupère ainsi ses mythes. En outre, deux hommes liés au projet ont trouvé la mort ces derniers jours. Après un architecte décédé d’un malaise cardiaque, un des financeurs est mort sur la plage en sortant d’une boite de nuit voisine. Ces morts peut-être suspectes n’empêchent pas le lancement officiel du projet CelticLand, auquel assiste Thomas. Le maire s’abrite derrière les réalités économiques pour justifier ce parc d’attraction qui détruira le site.

Les opposants de la Coordination pour la Sauvegarde de la Baie sont sérieux. Finie l’écologie des chevelus en sandales. Les pulls tricotés main avaient cédé la place à des vestes de bonne coupe. Hors son environnement militant, rien n’aurait distingué le représentant de la coordination d’un employé de banque. Les questions qu’ils se posent sur la société initiant le projet méritent d’être creusées. Ils sont plus crédibles que le délirant Bazlaven, adepte d’une vision passéiste de la région. Étrange, cette promenade nocturne en costume de ville sur la plage, pour la deuxième victime ? Selon le commissaire Aubain, l’affaire est claire, abus d’alcool et imprudence expliquant l’accident. Un témoin, pas moins fiable qu’un autre, affirme qu’une sirène blonde accompagnait l’homme cette nuit-là. Ce qui n’est pas sans rappeler le maléfique personnage légendaire de Marie-Morgane, issu des mêmes traditions que la Ville d’Ys.

La vocation de Douarn’ Hebdo étant culturelle, Yann souhaite éviter que Thomas déclenche un scandale en enquêtant. Tandis que le rockeur Jimmy Shaw invoque la malédiction d’Ys, les opposants proposent un projet alternatif respectueux de la vie locale. Quand un troisième homme apparenté à CelticLand fait une chute mortelle d’une falaise, on remarque la présence d’une blonde cavalière. Sous le prétexte de troubles causés par des groupuscules d’ultragauche, la DCRI mène des opérations dans le secteur. Il est vrai qu’une manif du Collectif d’opposants dégénère en castagne, à cause de quelques agités. Thomas prépare un article complet décryptant les aspects historiques et légendaires, reliant la Ville d’Ys et le projet CelticLand. S’intéresser au volet politico-financier du dossier ne serait pas une mauvaise idée. Journaliste et ancien flic, Martinon possède aussi des infos qui compléteraient l’analyse de la situation…

Le moteur de l’histoire est effectivement une affaire criminelle, les circonstances des trois morts s’avérant suspectes. Le journaliste trouvera finalement la piste décisive, après avoir enquêté dans diverses directions. L’atout majeur du roman reste son thème, l’exploitation du mythe de la Ville d’Ys. En bétonnant les lieux, les investisseurs n’auront aucun scrupule à se faire du fric au nom de la légende. Au-delà de sa portée économique, le projet vise également à la valorisation du site dans ses composantes culturelles et environnementales, discours admirable d’hypocrisie de la part des financiers. L’auteur souligne qu’ils ne sont pas les seuls à exploiter lesdites légendes, qui se sont construites au fil des siècles. La religion catholique a développé cette version d’un Sodome et Gomorrhe breton, afin d’impressionner les populations. Le renouveau culturel régional en abuse également souvent, confondant légende, folklore et réalité d’autrefois. Ici, le contexte évoque aussi les féroces extrémistes (tels ceux de Tarnac), prétexte à alimenter les peurs des citoyens et à justifier une sévère répression. Grâce à tous ces éléments, Michel Brosseau nous offre un roman riche et fort excitant.

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