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Les chroniques polars et bédé        de Claude Le Nocher - ABC POLAR

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Michel Quint : Les amants de Francfort (Éd.Héloïse d’Ormesson, 2011)

11-QUINT-08Âgé de trente-cinq ans, Florent Vallin dirige les éditions En Colère. Il a quitté sa ville de Lille depuis quelques années, s’installant à Paris. Il reste en contact avec son épouse Clémence (née Debaisieux) et leur fils Maxime. Enseignante, la femme de Florent est aujourd’hui gravement souffrante. Clémence fut autrefois adoptée enfant par la famille Vallin, au décès prématuré de ses parents. Les Vallin et les Debaisieux étaient très proches. Florent lui-même a perdu son père très tôt. Proche des milieux d’affaires allemands impliqués en politique, Gérard Vallin fut exécuté en 1977 par la RAF, la bande à Baader. Si elle a désormais l’esprit désorienté, la mère de Florent a bien géré la fortune du défunt, que son fils a investi dans l’édition. À Paris, il est assisté par l’indispensable et fantasque Zina, une pulpeuse Roumaine qui contribue à la réussite des éditions En Colère.

Bien qu’éprouvant une certaine répulsion pour l’Allemagne, Florent participe à la Buchmesse, le salon du livre de Francfort 2009. Cet évènement ne s’adresse pas qu’aux lecteurs, c’est un pivot du marché international de l’édition. À l’hôtel, Florent rencontre des personnages insolites. Tel Sandor, un homme sans âge qui fait partie du décor. Quand il raconte un épisode de ses milles vies, n’importe quel témoin comprend vite que c’est un écrivain qui n’écrira jamais un seul livre. Dommage pour les éditeurs qui le sollicitent. Agent littéraire, Fitz est au service d’un important groupe d’édition. Sous ses airs de dandy léger, l’homme sait tout de son microcosme. Par pragmatisme autant que par sympathie, Fitz tient à faire des affaires avec Florent. Il lui présente la belle Lena Vogelsang, dont le jeune éditeur tombe illico amoureux. Florent et Lena deviennent vite amants.

Sans s’en cacher, la cynique Lena vise le rachat des éditions En Colère. Dans un premier temps, Florent accepte la cession de droits pour des traductions. C’est avec Zina que Lena règlera les détails concrets. Cette nuit-là, un couple est assassiné dans le même hôtel, découvert par la femme de chambre Magda. Le pittoresque Sandor pourrait être inquiété par les enquêteurs. Le couteau fétiche de Lena n’est finalement pas l’arme du crime. La jeune femme en fait cadeau à Florent avant qu’il ne rentre à Paris. Il ne peut éviter un séjour à Lille, car l’état de santé de Clémence nécessite une opération à l’issue incertaine. Clémence sent le besoin d’exhumer les souvenirs de la famille Debaisieux, dont elle connaît mal l’histoire.

Durant la guerre, son aïeul Louis séjourna en Allemagne pour le STO, mais il évoqua peu la période en question. Parmi les documents de la succession Debaisieux, il semble y avoir des lacunes, des pièces manquantes. Aux archives lilloises, Florent trouve quelques rares précisions. Existe-t-il un lien entre l’énigme Louis Debaisieux et le meurtre de son propre père, longtemps plus tard ? Possible, car les milieux politico-économiques allemands abritaient d’anciens proches du nazisme. Clémence étant convalescente mais pas guérie, Florent programme un voyage en Allemagne. Fitz en sera l’organisateur; la germanophone Zina accompagnera son patron et ami. Entre Berlin et Munich, la quête de vérité s’annonce compliquée. Il est même possible qu’à Francfort, on finisse par connaître l’assassin du couple d’éditeurs lors de la Buchmesse 2009...

Il ne faudrait pas réduire Michel Quint au best-seller qui lui donna accès au grand public en 2000, Effroyables jardins. Dès 1984, il publia des romans noirs de qualité dans la veine du néo-polar, très appréciés de nombreux lecteurs, déjà. De chez Fleuve-Noir à Rivages/Noir, en passant par les éditions Joëlle Losfeld et divers autres éditeurs, il peut revendiquer une belle carrière d’écrivain. Il ne renie nullement les œuvres de ses débuts. D’ailleurs, dans le présent livre, son héros se qualifie d’éditeur de romans noirs : des romans certes intimes, peuplés de gens ordinaires, mais traversés par l’Histoire ! Le tragique n’y est pas sentimental, même si l’amour est un composant du récit, il y est politique, économique, historique, social. Cette seule phrase suffit à indiquer dans quel esprit Michel Quint a écrit Les amants de Francfort. Autre probable clin d’œil de l’auteur, quand il évoque un manuscrit soumis à Florent, intitulé Épaves : c’est le titre d’un classique du roman noir, de David Goodis.

Quant à l’intrigue, riche en détails et présentant des destins maudits, elle est ici fatalement tortueuse, tourmentée comme l’histoire de l’Allemagne et de l’Europe. Le nazisme, édulcoré par le besoin de paix, a été gommé sous des formules lisses. Un sale affairisme a gagné l’élite allemande, entraînant les exactions de la RAF (Bande à Baader) et autres mouvements activistes des années 1970. Nul ne veut plus s’en souvenir sauf si, c’est le cas de Florent, des éléments personnels interrogent toujours. Le contexte ne se limite pas là, il y est aussi beaucoup question du monde de l’édition. Polar inclassable, peut-être ? Ce roman dense d’un écrivain chevronné est un vrai feu d’artifice, où s’entrecroisent toutes les couleurs du mystère, tous les sentiments.

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