Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Les chroniques polars et bédé        de Claude Le Nocher - ABC POLAR

1850 chroniques - faites défiler la page - ou cliquez sur l'initale du nom de l'auteur recherché

Moussa Konaté : La malédiction du Lamantin (Fayard Noir, 2009)

09-KONATESelon la légende, la tribu des Bozos est une des plus anciennes du Mali. Elle est sous la protection de Maa le Lamantin, le Maître des Eaux, avec lequel elle a scellé un pacte ancien. Le village de Kokri est le fief des Bozos. Mais ils s’installent parfois au campement de Kokrini, près du fleuve Niger, à Bamako. Cette nuit-là, orage et tempête pluvieuse se sont abattus sur la ville, avec des allures de fin du monde. Au matin, on retrouve les cadavres foudroyés de Kouata, vieux chef des Bozos, et de sa deuxième coépouse Nassoumba. Chef de la brigade criminelle, le commissaire Habib Kéita, assisté du jeune inspecteur Sosso, doit vérifier qu’il s’agit de morts naturelles. Rien de moins sûr : si Kouata est décédé d’un arrêt cardiaque, son épouse a été poignardée.

Le commissaire Habib se renseigne sur le clan Bozos, dont les traditions sont différentes de l’ethnie majoritaire malienne, les Dogons. Par le guérisseur Zarka, ami de longue date de sa famille, Habib obtient des précisions sur leurs coutumes. Sosso a retrouvé une vieille cassette audio où un griot raconte le parcours de ce peuple. Les ancêtres de Kouata ont toujours entretenu un lien fort avec Maa, puissant Dieu des Eaux. Le légiste qui a autopsié les victimes témoigne aussi sur les particularités des Bozos. Parmi les proches du chef des Bozos, restent Kaïra, fille de Kouata et Nassoumba, et Djaaba, la troisième coépouse que l’on décrit comme folle. Mais il y a également Sodjè, fils de la défunte première coépouse de Kouata. Dans une grotte de la colline de Koulouba, il dirige une secte aux rites violents, qui hait les Blancs.

Une délégation du clan s’invite chez Habib. Accompagné du devin et du griot, Zarka voudrait le dissuader de poursuivre l’enquête. Ils lui racontent la malédiction qui frappe la lignée de Nassoumba, depuis qu’un aïeul et un colonial ont voulu affronter Maa. L’épidémie de diarrhée qui sévit, et la mort accidentelle de cousins de Kouata sont, selon eux, des signes supplémentaires. Des indices rendent Sodjè de plus en plus suspect. Une vieille dame, qui a bien connu Kouata et sa deuxième femme, témoigne du caractère cruel de Nassoumba. Ami d’Habib, le Directeur de la sécurité intérieure avoue au policier qu’il subit des pressions pour que cesse son enquête. Habib prépare une lettre de démission. L’inspecteur Sosso va agir avec quelques jeunes policiers décidés, au risque d’y perdre la vie…

Par commodité, les Occidentaux parlent souvent de “l’esprit africain” pour évoquer rites et traditions du continent Noir. S’il est un auteur capable d’exprimer profondément cet “esprit”, c’est évidemment Moussa Konaté. Évitant tout cliché, il montre comment cohabitent la religion musulmane et les fortes légendes tribales. On respecte Allah, mais c’est avec Maa (le Génie des Eaux) que les rapports sont les plus intenses pour le peuple Bozo. Même dans “l’acte criminel” en question, cette spiritualité joue pleinement son rôle. L’enquête porte donc autant sur les coutumes de la tribu que sur l’identité d’un coupable, bien sûr. Soulignons aussi la complicité quasi-filiale entre son adjoint Sosso et Habib, celui-ci apparaissant au plus jeune tel un père spirituel. Ce qui suggère une autre tradition, la transmission du savoir-faire. Si Habib et Sosso traversent des moments pénibles, on sourit aussi. Le personnage d’Apété est savoureux, par exemple. Bienvenue au Mali !

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :